Le trajet en train fut une bulle de douceur câline. Nous nous étions trouvés deux sièges libres et il garda le lien de rapprochement pour mon plus grand bonheur. Trois courtes stations mais un beau moment sans temps réellement calculé à apprécier et à chérir ce nouveau bien-être.
"Il y avait beaucoup de gens à l'aéroport. Pourquoi m'as-tu choisi en particulier ?"
Une question que j'aurais posée si notre histoire aurait été à l'envers.
"Je voulais parler à au moins un Bishonen durant mon séjour au Japon."
Il éclata de rire, me regarda, baissa la tête et rit de bon c½ur. Je souris.
"Tu es un très beau garçon. Donc souhait numéro un réalisé."
J'aurais pue dire « jeune homme » mais le mot garçon lui convenait plus, dans mon esprit, mais bien sûr ma vision de la situation était limitée.
Je rivai mon regard sur le plancher et admirai ses bottines décorées de clous argentés et de motifs semi tribales semi orientales.
"Arigatou. Et quel est ton second souhait ? me demanda-t-il en tournant son visage vers le moi
- Voir si la vie peut être comme un shoujo manga. »
Souhait absurde et stupide j'en convenais en mon fort intérieur mais il était pur dans mon c½ur. Sa voix prit un accent de maturité sage quand il me répondit.
"La vie n'est pas un manga."
Je regardai droit devant moi, par la fenêtre du wagon et le paysage filait sans ralentir. Il avait probablement raison, mais je n'avais peut-être pas complètement tort non plus et garder cette parcelle de rêve était cruciale pour moi.
"Tu as un troisième souhait ? En général les souhaits viennent en triple selon la convention des contes de fées." rajouta-t-il dans un murmure comme une réflexion plutôt qu'une question.
Je fis une petite moue.
"Non ... pas vraiment. Je te donne mon troisième souhait."
Nous éclatâmes de rire devant l'absurdité de ma réponse.
Kame vivait dans un appartement que je devinai comme luxueux juste à voir la façade de l'immeuble, mais il me rassura tout de suite : c'était un appartement tout ce qu'il y avait de régulier et de dans la norme pour les jeunes professionnels bien nantis.
Les autres locataires étaient des employés de bureaux dans d'importantes sociétés dispersés dans la ville, mais tout de même proches du centre. Un pilote d'avion, un docteur, un financier, un présentateur télé, une jeune femme du même étage était hôtesse dans un night club branché de Ginza, un autre était dentiste pour enfants et un dernier était un auteur connu et respecté de mangas. Petit potin pour me mettre dans l'ambiance – le dentiste et l'auteur/dessinateur étaient ouvertement et farouchement rivaux pour la conquête de cette jeune femme en question et ils ne cachaient pas la guerre ouverte de leurs efforts pour la conquérir.
Il vivait lui-même dans le dernier appartement, au fond du couloir du huitième étage et il m'annonça tout ravi, qu'il n'y avait que deux étages au dessus de lui. En passant devant les portes respectives de la jeune femme, du dentiste et de l'artiste, il partagea l'anecdote de la semaine précédente. C'était le jeudi – très précisément – que le dentiste eut une conversation de vingt minutes avec la demoiselle, qui semblait plutôt ravie de la demande de sortie du dentiste, au grand dam de l'auteur qui s'empressa de se mettre au même niveau en offrant à la belle une illustration la représentant en Princesse Kaguya dans un paysage enchanteur de cerisiers en fleurs.
"Ils sont à nouveau à égalité." conclu-t-il avec un rire enfantin, comme celui qui sait apprécier à sa juste valeur un bon match sportif opposant des adversaires de choix.
Devant son air taquin, je pouffai de rire. Certains aspects de la vie, étaient, qu'on le veuille ou non, des petits bouts de shoujo mangas.
Il tourna la clé dans la serrure et nous pénétrâmes dans une petite salle carrée où déjà deux paires de chaussures étaient sagement alignées vers le coin gauche. Une paire de chaussure d'homme et une paire de chaussures plus féminines.
Kame se figea un court moment, enleva ses bottes et fit glisser le fusuma (porte coulissante)qui nous fit découvrir un salon spacieux où se faisaient face un poste téléviseur de taille conventionnelle et un long fauteuil noir.
Je les vis de dos avant que le bruit, le pas et la voix de Kame ne les fasse se retourner vers nous.
« Ohayo Gozaimass' ! »
Une main pointa une télécommande vers la télé qui passait ou repassait une entrevue pour baisser le son. Je vis une jolie jeune femme en tailleur blanc avec un microphone à la main, à la voix volubile. Un texte japonais violet au contour jaune brillait au bas de l'écran. Après un court monologue, une musique joyeuse annonça le changement qui fut confirmée par des étoiles dorées et brillantes qui introduirent le visage souriant de Kamenashi.
Je ne pus m'empêcher de sourire et d'avoir un arrêt cardiaque sous le coup de la surprise.
Tandis que le Kame de la télévision attrapait la contagieuse bonne humeur de l'animatrice, le garçon qui occupait le fauteuil tourna la tête vers nous et plongea son regard dans le mien aussitôt. Ou plutôt, il captura mon regard et ne lâcha pas prise avant un long moment. La jeune fille, nettement plus jeune que Kame, sauta du fauteuil, se pencha pour le saluer et me salua de la même manière. Je me penchai pour ne pas être impolie et soudain je me sentis comme le premier soir ; étrangère et pas à ma place. Adieu petit bonheur d'une vitalité si douce, ta durée aura été courte mais fort appréciée. Et après tout, n'en était-il pas toujours ainsi dans ma vie ?
Le Kame à côté de moi déposa mon sac sur le sol, et les questionna, avec un ton de voix qui avait un accent de surprise déçue ou pas exactement heureuse non dissimulée par la politesse que je lui connaissais.
Ils s'échangèrent des triades japonaises qui m'échappèrent complètement, mais dont la saveur avait le piquant classique de l'intrusion. (Que faites-vous ici ? – On voulait te parler mais tu n'étais pas ici, nous sommes entrés t'attendre. – Petit son, soupir de désappointement. – Petite moue de l'autre garçon. – Petit rire gêné de la jeune fille.)
L'autre me fixait toujours de son regard et je me rendis compte que j'avais reculée d'un pas, derrière l'épaule de celui que je connaissais, comme derrière un bouclier. Son regard était intense sans être impoli, intense sans être jugeur, intense et empli de convoitise, empli de curiosité et de fascination. Ses lèvres plus rondes s'ouvrirent d'un infiniment petit mouvement qui voulait un sourire silencieux.
Kamenashi m'amena au salon. L'autre garçon se leva et s'avança vers moi, et resta là un moment, silencieux, à me dévisager. Je sentis mon coeur battre plus fort. Si la peur à une odeur – j'espérais que l'odeur de la mienne était assez subtile pour ne pas être remarquée.
S'il aurait eu à me serrer la main, la mienne aurait fondue dans la sienne. Il se pencha légèrement, gardant son regard comme une sonde sur le mien. J'avais l'impression d'être la proie dans ses griffes acérées pourtant aussi douces que la soie la plus rare. Je me penchai aussi, pour éviter momentanément son regard.
Je crois qu'il m'offrit une formule de politesse, lorsqu'il se releva, dans les mêmes branches que « ravie de faire ta connaissance » ... enfin, je présumai. Kamenashi fit les présentations officielles. J'entendis mon nom, et il fit un petit signe en ma direction, puis me regardant moi, il prononça son nom à lui, avec le geste d'accompagnement.
"Matsumoto Jun-chan."
Je réprimai un sourire en entendant son nom de famille. C'était un nom de famille sûrement populaire et régulier, mais pour une « gaiji » comme moi, c'était le Boss Mastumoto de Kill Bill (1). Je rougis.
Il me sourit.
Kame me présenta la jeune fille aussi, qui se pencha et me sourit de manière plus naturelle – avec une politesse et une courtoisie plus naturelle.
"Akanishi Mariko-chan"
Je me penchai devant elle et la saluai aussi. Je voulais dire que j'étais heureuse de faire leurs connaissances, mais le dictionnaire était dans mon sac et je préférais attendre que Kame clarifie la situation.
(1) Kill Bill - film produit par Quentin Tarentino
image © http://www.ryokan-kurashiki.jp/e_room_higashinoma.htm
"Il y avait beaucoup de gens à l'aéroport. Pourquoi m'as-tu choisi en particulier ?"
Une question que j'aurais posée si notre histoire aurait été à l'envers.
"Je voulais parler à au moins un Bishonen durant mon séjour au Japon."
Il éclata de rire, me regarda, baissa la tête et rit de bon c½ur. Je souris.
"Tu es un très beau garçon. Donc souhait numéro un réalisé."
J'aurais pue dire « jeune homme » mais le mot garçon lui convenait plus, dans mon esprit, mais bien sûr ma vision de la situation était limitée.
Je rivai mon regard sur le plancher et admirai ses bottines décorées de clous argentés et de motifs semi tribales semi orientales.
"Arigatou. Et quel est ton second souhait ? me demanda-t-il en tournant son visage vers le moi
- Voir si la vie peut être comme un shoujo manga. »
Souhait absurde et stupide j'en convenais en mon fort intérieur mais il était pur dans mon c½ur. Sa voix prit un accent de maturité sage quand il me répondit.
"La vie n'est pas un manga."
Je regardai droit devant moi, par la fenêtre du wagon et le paysage filait sans ralentir. Il avait probablement raison, mais je n'avais peut-être pas complètement tort non plus et garder cette parcelle de rêve était cruciale pour moi.
"Tu as un troisième souhait ? En général les souhaits viennent en triple selon la convention des contes de fées." rajouta-t-il dans un murmure comme une réflexion plutôt qu'une question.
Je fis une petite moue.
"Non ... pas vraiment. Je te donne mon troisième souhait."
Nous éclatâmes de rire devant l'absurdité de ma réponse.
Kame vivait dans un appartement que je devinai comme luxueux juste à voir la façade de l'immeuble, mais il me rassura tout de suite : c'était un appartement tout ce qu'il y avait de régulier et de dans la norme pour les jeunes professionnels bien nantis.
Les autres locataires étaient des employés de bureaux dans d'importantes sociétés dispersés dans la ville, mais tout de même proches du centre. Un pilote d'avion, un docteur, un financier, un présentateur télé, une jeune femme du même étage était hôtesse dans un night club branché de Ginza, un autre était dentiste pour enfants et un dernier était un auteur connu et respecté de mangas. Petit potin pour me mettre dans l'ambiance – le dentiste et l'auteur/dessinateur étaient ouvertement et farouchement rivaux pour la conquête de cette jeune femme en question et ils ne cachaient pas la guerre ouverte de leurs efforts pour la conquérir.
Il vivait lui-même dans le dernier appartement, au fond du couloir du huitième étage et il m'annonça tout ravi, qu'il n'y avait que deux étages au dessus de lui. En passant devant les portes respectives de la jeune femme, du dentiste et de l'artiste, il partagea l'anecdote de la semaine précédente. C'était le jeudi – très précisément – que le dentiste eut une conversation de vingt minutes avec la demoiselle, qui semblait plutôt ravie de la demande de sortie du dentiste, au grand dam de l'auteur qui s'empressa de se mettre au même niveau en offrant à la belle une illustration la représentant en Princesse Kaguya dans un paysage enchanteur de cerisiers en fleurs.
"Ils sont à nouveau à égalité." conclu-t-il avec un rire enfantin, comme celui qui sait apprécier à sa juste valeur un bon match sportif opposant des adversaires de choix.
Devant son air taquin, je pouffai de rire. Certains aspects de la vie, étaient, qu'on le veuille ou non, des petits bouts de shoujo mangas.
Il tourna la clé dans la serrure et nous pénétrâmes dans une petite salle carrée où déjà deux paires de chaussures étaient sagement alignées vers le coin gauche. Une paire de chaussure d'homme et une paire de chaussures plus féminines.
Kame se figea un court moment, enleva ses bottes et fit glisser le fusuma (porte coulissante)qui nous fit découvrir un salon spacieux où se faisaient face un poste téléviseur de taille conventionnelle et un long fauteuil noir.
Je les vis de dos avant que le bruit, le pas et la voix de Kame ne les fasse se retourner vers nous.
« Ohayo Gozaimass' ! »
Une main pointa une télécommande vers la télé qui passait ou repassait une entrevue pour baisser le son. Je vis une jolie jeune femme en tailleur blanc avec un microphone à la main, à la voix volubile. Un texte japonais violet au contour jaune brillait au bas de l'écran. Après un court monologue, une musique joyeuse annonça le changement qui fut confirmée par des étoiles dorées et brillantes qui introduirent le visage souriant de Kamenashi.
Je ne pus m'empêcher de sourire et d'avoir un arrêt cardiaque sous le coup de la surprise.
Tandis que le Kame de la télévision attrapait la contagieuse bonne humeur de l'animatrice, le garçon qui occupait le fauteuil tourna la tête vers nous et plongea son regard dans le mien aussitôt. Ou plutôt, il captura mon regard et ne lâcha pas prise avant un long moment. La jeune fille, nettement plus jeune que Kame, sauta du fauteuil, se pencha pour le saluer et me salua de la même manière. Je me penchai pour ne pas être impolie et soudain je me sentis comme le premier soir ; étrangère et pas à ma place. Adieu petit bonheur d'une vitalité si douce, ta durée aura été courte mais fort appréciée. Et après tout, n'en était-il pas toujours ainsi dans ma vie ?
Le Kame à côté de moi déposa mon sac sur le sol, et les questionna, avec un ton de voix qui avait un accent de surprise déçue ou pas exactement heureuse non dissimulée par la politesse que je lui connaissais.
Ils s'échangèrent des triades japonaises qui m'échappèrent complètement, mais dont la saveur avait le piquant classique de l'intrusion. (Que faites-vous ici ? – On voulait te parler mais tu n'étais pas ici, nous sommes entrés t'attendre. – Petit son, soupir de désappointement. – Petite moue de l'autre garçon. – Petit rire gêné de la jeune fille.)
L'autre me fixait toujours de son regard et je me rendis compte que j'avais reculée d'un pas, derrière l'épaule de celui que je connaissais, comme derrière un bouclier. Son regard était intense sans être impoli, intense sans être jugeur, intense et empli de convoitise, empli de curiosité et de fascination. Ses lèvres plus rondes s'ouvrirent d'un infiniment petit mouvement qui voulait un sourire silencieux.
Kamenashi m'amena au salon. L'autre garçon se leva et s'avança vers moi, et resta là un moment, silencieux, à me dévisager. Je sentis mon coeur battre plus fort. Si la peur à une odeur – j'espérais que l'odeur de la mienne était assez subtile pour ne pas être remarquée.
S'il aurait eu à me serrer la main, la mienne aurait fondue dans la sienne. Il se pencha légèrement, gardant son regard comme une sonde sur le mien. J'avais l'impression d'être la proie dans ses griffes acérées pourtant aussi douces que la soie la plus rare. Je me penchai aussi, pour éviter momentanément son regard.
Je crois qu'il m'offrit une formule de politesse, lorsqu'il se releva, dans les mêmes branches que « ravie de faire ta connaissance » ... enfin, je présumai. Kamenashi fit les présentations officielles. J'entendis mon nom, et il fit un petit signe en ma direction, puis me regardant moi, il prononça son nom à lui, avec le geste d'accompagnement.
"Matsumoto Jun-chan."
Je réprimai un sourire en entendant son nom de famille. C'était un nom de famille sûrement populaire et régulier, mais pour une « gaiji » comme moi, c'était le Boss Mastumoto de Kill Bill (1). Je rougis.
Il me sourit.
Kame me présenta la jeune fille aussi, qui se pencha et me sourit de manière plus naturelle – avec une politesse et une courtoisie plus naturelle.
"Akanishi Mariko-chan"
Je me penchai devant elle et la saluai aussi. Je voulais dire que j'étais heureuse de faire leurs connaissances, mais le dictionnaire était dans mon sac et je préférais attendre que Kame clarifie la situation.
(1) Kill Bill - film produit par Quentin Tarentino
image © http://www.ryokan-kurashiki.jp/e_room_higashinoma.htm
