Les miroirs de la duplicité

Les miroirs de la duplicité
Je l'avais donc choisi. Sur le coup, la douleur de mes préoccupations morales fut aveuglée par les sakuras de lumière qui virevoltaient et dansaient autour de moi dans une pluie éblouissante. Je me sentais doucement submergée par leur chaleur consolante. Leur lumière était éclatante et je fermai les yeux un court instant.

Lorsque je les ouvris, j'étais étendue dans le lit aux draps blancs où les fleurs de cerisiers flottaient sagement, éparses, dans leur éclosion rose tendre.

Je ne m'étais pas complètement soûlée au sens proprement technique du terme, la veille, mais je n'en ai pas été loin. Je me souvenais m'être trop passionnément, et sûrement de manière impolie, agrippée à mon jeune ami. Les lumières, le flot de la nuit, tous ces visages et ces rires, cette vie urbaine indomptable et hurlante d'existence propre...

Je fermai les yeux. Je priai pour ne pas avoir faite une mauvaise impression sur lui. Ca tacherait la réputation des occidentaux, via le principe même qu'ont les hommes à juger la masse selon les agissement d'un seul individu, qu'il soit représentatif ou non.

Je me rappelai la douceur de la brise sur mon visage, dans mes cheveux, en contraste avec la chaleur douillette du lit. Je me rappelai les lumières vivantes, en opposition à la demi pénombre qui noyait la chambre. Je me rappelai son bras autour de mes épaules, son corps si près du mien hier soir, avec la différence quasi douloureuse de son absence ce matin.

"Seigneur, qu'est-ce que j'ai fait ?"

Mon bras droit avait surgi du néant du sommeil pour plaquer une paume tiède sur mes yeux.

"Tu as pris un avion pour Tokyo. Tu t'es amourachée d'un gamin sorti du hasard de nulle part et il est trop tard pour regretter et demander pardon. De toute façon, regrettes-tu une miette ton geste ?"

C'est la voix de mon autre moi-même.

En vérité je ne regrettai rien. Je pourrais toujours me faire haïr par ces gens qui sont mes amis parce que moi j'ai fait un choix égoïste au-delà du raisonnable et du bon sens civique. Ils pourraient toujours me renier et j'aurais la mort à l'âme et je pourrais essayer d'échapper à tout ça de la manière facile. La quatrième fois sera peut-être la bonne.

Je songeai qu'il serait quand même la moindre des choses que d'avertir mes amis et ma soeur de mes actions farfelues. Je demanderais à Kamenashi de m'amener dans un cyber café - ça doit polluer Tokyo ces endroits-là.

Il m'avait dit hier soir qu'il reviendrait ce matin - mais il n'avait pas précisé l'heure ... je pourrais peut-être faire un petit somme, en jouant la carte du "c'est un gentleman qui viendra me prendre juste avant l'heure du départ de la chambre".

Je me retournai sur moi-même et m'étirant comme une féline, je replongeai mon visage dans la douceur accueillante de l'oreiller.

Les paroles d'une chanson de Cliff Richard me revinrent en mémoire, pendant que je divaguais pour retomber dans le filet de pèche du sommeil.

The only way out

Came a time in my life
Il est venu un temps dans ma vie
I had to be free
Je devais être libre
From all the lies
De tous les mensonges
That used to be me
Qui étaient moi
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi

I've been waisting my time
Je perdais mon temps
But not anymore
Mais plus maintenant
I've been through the maze
J'ai traversée le labyrinthe
And it lead to your door
Et ça m'a conduit à ta porte
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passée beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you stopped the rain
Soudain tu as arrêté la pluie
And you changed the view
Et tu as changé la perspective
Now every where's leading to you
Maintenant tout me dirive vers toi

Let's get this thing going
Continuons à fiare marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let me do all the things
Laisse moi faire toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont tant manquées
'cos the only way out is the only way in
Parceque la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi

I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passé beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you made the rescue
Soudain tu as fait la rescousse
You Pulled me through
Tu m'as tiré de là
Now let me do something for you
Maintenant laisse moi faire quelque chose pour toi
Let's get this thing going
Continuons à faire marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let's do all the things
Faisons toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont manquées depuis si longtemps
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi

Yeah the only way out is the only way in
Oui, la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi (1)

Les paroles étant si ambiguës, le "toi" pouvait tout autant être mon voyage, ma volonté, mon inspiration, mon "trip" que Kame.

Le sommeil me berçait presque dans ses bras quand j'entendis la clé dans la serrure de la porte et le doux bruit de cette dernière qu'on poussait.

Le sang me monta aux joues. C'était Kamenashi et j'étais nue sous la douillette et mes sous-vêtements paradaient et séchaient sur le bord de la fenêtre. Ca y est. Ma réputation est officiellement foutue. Il pensera que j'ai sûrement passée la nuit avec un étranger, vue qu'il a été assez poli pour ne pas me toucher. Le remords de pas avoir fait le mal parceque son honneur l'avait ainsi formé. Comment cela se ressent-il ?

Il poussa la porte et entra. Je me retournai doucement et ramenant la couverture jusqu'à mon menton, je sortis une main timide pour le saluer mais ma langue ne se délia pas. Mon esprit était sous le choc de son apparence. Son apparence était la brûlure d'un coup de fouet toute fraîchement et fortement appliquée sur mon coeur encore sensible.

Kamenashi portait un t-shirt noir tout simple qui soulignait sa minceur et sa longitude, un jean noir avec une chaîne argentée sur le coté droit - la mode actuelle chez les jeunes, des bottes noires et des lunettes de soleil models pilote américain. Mon coeur manqua un battement. Devant la porte, hésitant à rentrer, on dirait le jeune fantôme d'A-E. Le jeune "san" exotique et tout frais et nouveau me faisant le coup de l'appariation du "sama" (2) de mon passé, celui qui pour moi était le créateur ultime de ce look. Autant appeler cela une histoire de fantôme du coeur occidental.

Il me sourit et me lança un "Ohayo gozaimass' " (bonjour) et j'essayais de l'imiter pour le saluer aussi. Il hocha la tête ; ma prononciation n'était pas trop atroce. Il ôta ses bottes et s'approcha.

Puis il ôta ses lunettes, les mit sur sa tête et vint s'asseoir sur le lit, plus précisément sur le coin opposé d'où ma tête se trouvait. Je bougeai mes pieds, comme pour me distancer de lui - je ne saurais dire si c'était par politesse ou à cause de cette sensation réelle qui nous enveloppait ce matin là. Ce n'était pas la magie de la veille, ce n'était pas comme si nous ne nous connaissions pas, mais il y avait quelque chose dans son attitude et dans la mienne qui semblait nous mettre tous les deux mal à l'aise.

Se penchant vers mon sac, il prit le dictionnaire et le petit calepin puis chercha ses mots. Après le moment qu'il lui fallut, Il se laissa tomber tout près de moi et je me roulai, comme pour me protéger, sur le ventre. Il en fit de même et glissa le petit calepin ouvert sur l'oreiller entre nous deux. Une main timide sortir de sous la couette pour le prendre et je lus ses mots.

"moi - honnête - toi" À lire "puis-je être honnête ave toi". Je me retournai vers lui, pour le regarder, il fuit mon regard.

Je glissai doucement le calepin entre nous deux et glissant mes bras croisés sous l'oreiller, j'y déposais mon visage et fermai les yeux.

J'attendais toujours ses confidences, lui laissant le temps d'aller chercher le dictionnaire pour y trouver les nouveaux mots quand je sentis tout le poids de son corps contre le mien. Un souffle chaud me caressa l'oreille droite.

"Je t'ai trompée hier"

Sur le coup, je ne prêtai pas attention au fait qu'il avait énoncé cela dans un anglais parfait. Ce n'était peut-être que quelques mots mais ils sonnaient authentiques et sa prononciation était naturelle. J'ouvris les yeux. Il avait fermé les siens. Son visage était si proche du mien sur l'oreiller qui juxtaposait le mien.

"En quel sens - m'as tu trompée ?"

Un autre silence. Un léger soupir. Et je réalisai.

"Tu parles anglais ... de manière fluente ?"

Il hocha positivement la tête.

"Est-ce qu'on t'a volé tes bagages ?" Il me demanda soudain, en ouvrant les yeux, en plongeant son regard dans le mien.

À mon tour de soupirer.

"Non. C'est moi qui suis partie sans rien prendre avec moi.

- Je ne suis pas celui que tu crois que je suis."

J'eus un petit rire.

"Tu n'es pas un collégien Japonais. Laisse moi deviner... tu es un Yakuza ? (3)

- Non" Et il éclata de rire, déposa doucement sa tête sur l'oreiller et perdit quelques doigts dans mes cheveux défaits.

" Un Mac - Pimp - peu importe quelle est l'appellation courante ?

- Non plus. Quelque chose d'un peu moins ... farfelu, quelque chose de plus réel.

- Qu'y a-t-il entre le collégien et le yakuza qui soit moins farfelu et plus réel ?"

Il continua à jouer dans mes cheveux et je me laissai aller à ses longs doigts fins. Une gêne soudain s'empara de moi quand les réminiscences de mon rêve remontèrent à la surface de ma mémoire consciente. Sa bouche - sa chaleur - son humidité - sa voracité toute fébrile - sa main - sa douceur - sa chaleur - son contact sur ma peau. Le sang me monta aux joues.

" Je donne ma langue au chat.

- Ne donne jamais ta langue à un chat car jamais il ne te le rendra. Donne le à moi plutôt. Devine encore. "

Il sourit et je ne sus comment interpréter ses paroles. Je n'étais donc pas seule dans seule dans le piège du désir ?

"Épates-moi."

- Je suis un artiste de la chanson pop."

Kamenashi lâcha ça en un soupir presque comme pour lui même, ou comme un secret précieux qu'une seule partie de moi devait recevoir.

" Tu plaisantes !"

Moi j'avais laissé échapper mon interjection avec plus de violence et de surprise.

Il me regarda encore, sourit et secoua négativement la tête. Mon coeur fit un drôle de bond. Pour une raison incroyablement pas reliée à tout ceci - je songeai à mon corps nue sous la couette et à me sous vêtements sur le bord de la fenêtre.

Soudain il glissa ses bras autour de moi, enfouit son visage dans mes cheveux et me murmura à l'oreille :

" Tu me pardonnes ?"

Lui pardonner quoi ? Lui pardonner mon bonheur ? Lui pardonner ma chance ? Lui pardonner nos souvenirs d'hier ? Je ne sus pas quoi lui répondre.

Je commençais a bégayer "je" mais il n'y eut pas de suite. J'aurais juste voulue le serrer contre moi et le laisser retourner à sa vie sans moi, sans les complications que je apporterais si nous restions ensemble. Mais je n'en fis rien.

" Je te pardonne... mais je ne sais pas pour quel faute je te pardonne.

- Je me suis joué de toi hier."

Il relâcha son étreinte et s'étendit sur le côté à coté de moi.

" Est-ce que tu veux passer un peu de temps avec moi ?"

Je le regardais intriguée. Ça voulait dire quoi, exactement, passer un peu de temps avec lui ? Il reprit aussitôt, réalisant l'ambiguïté de son commentaire.

" Je veux t'héberger pendant ton séjour.

- Et en échange je te donne quoi ?

- Ton talent.

- Mon talent ?

- Ton talent."

Il me fit un clin d'oeil et se leva du lit, presque comme s'il avait un ressort dans le corps. Il remit tout dans mon sac, ferma la fermeture éclaire et s'assit sur le coin de lit qui touchait presque à la télé, dans un silence que je ne comprenais plus. J'attendis un moment. Il alluma l'écran et regarda les nouvelles. Je pris ça pour un signal et me glissais discrètement hors du lit - m'enroulant dans un drap léger comme on voit dans les films - puis me dirigeai vers la fenêtre pour prendre mes sous vêtements et allai me changer dans la salle de bains.

Lorsque je revins, il avait les lunettes sur le nez, mon sac sur les épaules et s'amusait avec la clé de la chambre.






(1) Paroles © Cliff Richard trouvés ici http://www.tremolocowboys.com/Lyrics_C/Cliff_Richard_Lyrics/The_Only_Way_Out_Song_Lyrics.html
et la traduction est © moi donc peut-être pas forcément la meilleure

(2) san = suffixe poli nippone pour désigner avec respect quelqu'un avec qui on a une relation de connaissance ou au niveau professionnel. (Mr. Shingo = Shingo-san)
sama = suffixe pour désigner les instances divines ou spirituellement saintes. (Marie la vierge = Maria-sama)

(3) Yakuza est le nom que se donnent les gens du crime organisé au Japon
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# Posted on Friday, 11 May 2007 at 8:52 PM

Edited on Saturday, 19 May 2007 at 10:41 PM

20 000 lieues au fond de l'âme - III - erabu (choisir)

20 000 lieues au fond de l'âme - III - erabu (choisir)
Je suis à la station Berri-Uqam et j'attends sur le quai. Je dois aller quelque part. Je sens où je dois aller mais je ne le sais pas consciemment. Le panneau de la station Longueuil (sud) brille d'un jaune dorée riche, apaisante. Le panneau de la ligne bleue (nord ouest) lui d'une lumière bleue glacée, froide. Mes impressions sont peut-être trompeuses, aveuglés par mes désirs et espoirs.

J'entends le monstre à la station précédente ; bientôt il sera ici, il va me happer et m'entraînera vers le choix que j'ai fait - que j fais - que je dois faire au fond de mon âme. Egoïste le choix. Je le sens comme la morsure en cadence des pinces d'une bestiole minuscule mais efficace, comme les battements de mon coeur physique, ce rythme est contrôlé intrinsèquement par la douleur et le mépris du passé.

Les deux yeux phares du métro luisent dans la pénombre du tunnel. La lumière au bout du tunnel n'est pas pour moi la solution mais la question. Le grondement s'amplifie comme ma terreur de devoir monter à bord de ce train. Rien ne me garantit que le prochain viendra. C'est celui ci ou je reste peut-être sur le quai pour un sacré long moment.

Il est là. Il amène une brise rafraîchissant qui me caresse le visage.

Les portes s'ouvrent. Je dois monter. Je vais monter... Je monte.

Le wagon est vide. Je dois assumer le choix à faire. Je suis en plein milieu du wagon et sur le siège de coté il y a une carte de tarot retournée. Le dos a des motifs occidentales et orientales imbriquées l'une dans l'autre de manière joliment complexe. Si je tourne la carte, je lui donne une réalité. Comme dans le concept quantique du chat de Schrödinger. Cette carte peut être n'importe laquelle des 72 cartes qui figurent dans un deck régulier.

Avant de m'asseoir, je la prends et la retourne. Pas de cérémonie particulière, anticipation miticuleuse de la découverte.

C'est une superbe illustration représentant une jeune fille aux longs cheveux bruns qui me regarde droit dans les yeux. Dans sa main droite elle tient une fleur de sakura rose pale, le creux des pétales blanches et pures, le soleil se lève derrière elle, empli de promesses et pourtant l'aube est pâle. Dans sa main gauche elle tient une rose bleue pâle striées de lignes fractales vertes, comme les yeux de J-3, derrière elle, le soleil à mi hauteur dans le ciel penche vers le bas, prêt à se coucher et à disparaître.

K. versus J-3. L'espoir inconnu et incertain versus le connu et le stable du passé.

Je regarde la carte et soudain je sens que je ne suis pas seule dans le wagon. Comme sur la carte, Kamenashi se trouve à ma droite et à ma gauche se trouvent regroupés mes amis les plus intimes, les plus proches. Ceux en ont bavés avec moi ou qui m'ont vue dans des situations pas follement joyeuses.

B. avec qui j'ai suivie mes cours d'infographie - bons moments, mauvais moments, longues ballades au centre ville, errances, c'est elle qui était là à mon premier piercing. A-A. avec qui je suis diamétralement opposée en style de vie mais auprès de qui je trouve les meilleurs moments de rire, les délires les plus fantasques. H. qui m'a fait découvrir le monde des poupées qui me fascinent tant, ma complice dans le monde magique d'une enfance qui peut vivre parallèlement et de manière saine avec la vie adulte et responsable. E., une connaissance quasi étrangère qui sans me connaître vraiment, m'a offert un cadeau d'anniversaire significatif et profondément appréciée à ce jour; un gentleman comme il ne s'en fait guère plus. J-1 qui m'a donné le cadeau de l'amitié et l'amour d'un frère adoptif, me faisant découvrir des moments de bonheur que seul lui a su me donner à sa manière. J-2, les délires et les conversations profondes de l'âme que seule deux étrangers intimes peuvent se partager sans malaise. J-3 ... mon âme. Celui qui m'a ramassée, plus d'une fois, à la petite cuillère après que mes parents m'aient noyée dans la boue de la culpabilité et ne m'enlèvent la valeur humaine que j'avais déjà en quantité minime à mes propres yeux. Celui qui, pour me remonter le moral, me mets sur le piédestal des dieux. Ni parents, ni soeur, ni amis, ni professeurs n'ont jamais eue de telles paroles à mon égard. Jamais ils ne m'ont compris comme lui le fait si naturellement. Celui qui... pour mon bonheur... parce qu'il aime à me voir et à me savoir heureuse...

Je veux arrêter mon coeur de battre pour empêcher - pour éviter ce choix, mais tout comme le coeur physique est toujours alimenté par ses sources - les vitamines, les protéines, l'oxygène - mon coeur spirituel était nourri par ses nutriments : l'amour, l'espoir, le droit au bonheur, le désir simple, le vouloir aveuglé.

Si je choisis Kame, je trahis mes amis qui sont restés à mes cotés dans les adversités ou dans les bons moments. Si je choisis mes amis je sacrifie Kame. Job lui n'avait que sa famille et Dieu, tous du même coté ... moi j'ai la tentation égoïste et la reconnaissance due.


Quelle est la valeur d'un homme ? Comment peut-on la calculer, la déterminer, la juger ? Comment peut-on dire que la valeur d'un seul homme est supérieure à un autre ou supérieure à la valeur multipliée d'un groupe ? Qu'est-ce qui fait que la valeur d'un prévaut sur la valeur d'un autre ?

La bestiole mord mon coeur avec une ardeur toute nouvelle, une énergie passionnée. Ses canines percent plus profondément la chaire du muscle, juteuse, moelleuse; et la bestiole grignote, grignote, grignote !

Kamenashi ... les autres. Je veux fermer les yeux mais ils resteront là.

Je n'ose regarder personne dans les yeux. Si je les regarde, je serais incapable de choisir.

Question philosophique ; Vous êtes dans un avion qui est sur le point de s'écraser, vous pouvez sauver 2 personnes; vous même et une personne de votre choix. Qui choisirez vous ?

Réponse humaine ; "L'humain est un animal qui est constant situation de vouloir" (1)

Je vivrais damnée pour avoir choisir mon nouveau petit jouet tout neuf et dont je ne connais pas encore les possibilités - le mode de fonctionnement. Je sais que je le veux.

Je dépose la carte de tarot sur le siège et me dirige vers le coté droit du wagon, où se tient Kamenashi, dans un costume noir qui le rend soudain sérieux et deux fois plus désirable. Le veston est partiellement déboutonné et laisse voir la chemise blanche impécable et la cravate rouge au milieu. Douleur aigu sur fond de terreur dans le creux de la nuit encore ténébreuse, occulte ? Je m'avance vers lui il me tend une main blanche, accueillante où la fleur de sakura semble luire d'une faible lumière rosée.
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# Posted on Tuesday, 08 May 2007 at 9:44 PM

Edited on Saturday, 19 May 2007 at 10:40 PM

20 000 lieues au fond de l'âme - II - itami (douleur)

20 000 lieues au fond de l'âme - II - itami (douleur)
Mon corps est léger, sans poids, petit, délicat et fragile. Je me ne sens plus mes membres. Je flotte. Un courant m'emporte. Vers où ?

Je vois une fleur de sakura emportée par un torrent doux, un ruisseau encore petit et paisible. La fleur se tourne sur elle-même au gré des vagues, mouvement circulaire et voyage oblong. Je suis la fleur. C'est mon voyage. C'est moi qui suis emportée. Vers où ?

Le torrent se fortifie. Des vagues s'y rajoutent. Le torrent devient débandade, accélère, m'emporte. Le torrent rugit. Le torrent gronde et prend de l'ampleur. Mes pétales frémissent dans le vent qui vient, courroucé de quelqu'autre colère, joindre ses forces au courant et me projette violement contre des vagues de plus en plus fortes, grandes, menaçantes qui veulent m'avaler et me noyer, briser la délicate fragilité de mes pétales.

Je ne peux pas me battre. Je suis une fleur loin de sa branche, loin de son arbre, loin de l a terre molle et accueillante où j'aurais due atterrir pour être ensevelie en elle pour ainsi contribuer au cycle pré établi et sauf.

Mais je suis une fleur rebelle et j'ai pris une brise d'été qui passait par hasard par le verger où mon arbre était planté. La brise s'est faufilée entre les branchages de mon arbre et son souffle secret et prometteur m'a séduite. La brise m'offrait un voyage, une expérience, une nouvelle vie. Loin de me verger natal. J'ai été séduite et je l'ai laissée me cueillir. Maintenant j'étais emportée au loin. Je n'avais plus aucun contrôle sur le trajet. À bien y songer, avant non plus je n'avais pas le choix; ma destinée était écrite et je devais m'y plier sans renchérir ... mais j'avais décidée d'aller contre les règles définies et strictes.

Je ne reverrai pas mes soeurs fleurs, mes cousines. Je me suis trop éloignée. Je me suis enfuie. Je périe. J'ai peur, emportée par ce courant trop féroce. Ce courant indomptable, doté d'une volonté propre. Ce courant joue par ses propres règles et je ne les connais pas. Ce courant ne me prend pas en considération pour ce que je suis.

Mes pétales sont fragiles et constamment inondées par les vagues affamées et si froides. Une grosse lame veut démontrer sa valeur à ses congénères surtout à la rivière ; elle m'avale toute entière. Je me noie. J'étouffe avec une pleine gorgée d'eau glaciale. Je panique. Je ne peux pas me débattre mes pétales pour remonter à la surface. Je péris si un courant traître ne se décide pas à venir à mon secours.

Le froid me mord, me ronge. Le froid de l'eau est plus méchant que les vagues elles mêmes. Une vague finalement prend pitié de moi et me recrache à la surface. Aide ou méprise ? Je me suis trompée. La vague veut juste redonner leur jouet aux autres, qu'ils continuent leurs amusements sadiques à mes dépens, qu'ils me maltraitent quitte à me déchirer les pétales, à me noyer pour tester ma résistance.

Je perds une pétale, arrachée par une lame glaciale, perfide et mauvaise. La douleur est un cri sourd dans le flot tumultueux. Je sais que personne ne m'entend. Le vent ne se soucie pas de mon mal. L'eau veut me tuer. La douleur aveugle mes sens endoloris. La douleur est un battement rythmique des tambours de l'aube, annonçant la mort prochaine de quelque pauvre âme qui a osée se perdre sur les rivages nébuleux où le Prince Démon chasse pour sa distraction. (1)

La douleur est insupportable, intolérable, brûlante, enivrante, tellement claire et précise, tellement concise à être partout à la fois dans mon être. La douleur c'est comme les mains potelés d'un enfant qui arrache les ailes de la mouche prise au piège. Les doigts savent comment faire durer le jeu. Tirer un peu - relâcher - tirer - relâcher - tirer d'un coup sec, laissant la douleur irradier le corps déjà meurtri auquel il manque déjà une patte quelque part. Et si on s'attaquait à la patte arrière avant d'arracher l'autre aile ?

Je veux me laisser aller au doux repos de la mort. Je veux sentir sa main chaude et accueillante me prendre, me consoler. Je veux son sein maternel, comme les rayons du soleil de l'avant midi, quand ils me berçaient dans la tiédeur de l'amour de la vie. Je veux la légèreté de n'être qu'une pensée libre d'ego individuelle. Je ne veux plus avoir de corps.

Le courant redouble d'efforts, me châtie cruellement. Il me noie de plus en plus souvent, ses vagues sont plus audacieuses, plus impitoyables, plus brutaux. Sournoises. L'eau est si froide. Je me sens engourdie.

Je dérive. Je m'abandonne. Je ne me bats plus. J'ai perdue. J'ai été folle de croire que j'aurais pue m'enfuir. J'ai été folle de faire confiance au vent ; il n'a jamais le même visage, jamais les mêmes mots. Le vent n'a pas de souvenir de ses promesses. Ne dit-on pas d'ailleurs "des promesses dans l'air" ? J'ai eue tort d'avoir ce rêve insensé, trop audacieux pour une petite fleur de cerisier.

Je m'abandonne à la torture. Tue moi, tu m'as déjà condamnée, courant, si c'est là ton ultime désir. Après tout je ne suis qu'une sotte stupide aveuglée par l'espoir du rêve.

La douleur cesse soudain.

Pourquoi ?

Suis-je morte ? Suis-je libre ?

Il me semble reconnaître le toucher chaud et doux de la mort. La vie n'aurait donc été qu'un froid violent ?

Une soie d'où émane une chaleur rassurante et enveloppante me radie doucement, partage le souffle de ... non ça n'est pas la mort. La mort a une autre texture, une autre chaleur. La soie sèche mes pétales meurtries restantes ; atrophiées, brisées, faibles. La soie a une voix rassurante et réconfortante.

"Tu as voyagée de loin, petite fleur de sakura. Tu es toute abîmée et pourtant... (Un chatouillement délicieux me prend d'assaut poliment) et pourtant tu n'as pas perdue ton essence de vie, ton parfum sacré."

La brise chaude me frôle, me caresse, me redonne vie. Je me sens bien. Je suis en sécurité sur ce coussin qui irradie la chaleur de la vie.

Un dieu tendre m'a cueilli des eaux courroucées et destructrices
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# Posted on Tuesday, 08 May 2007 at 8:02 PM

Edited on Saturday, 19 May 2007 at 10:39 PM

20 000 lieues au fond de l'âme - I - tanomishi (plaisir)

20 000 lieues au fond de l'âme - I - tanomishi (plaisir)
Je me retourne sur l'oreiller, me retrouve sur le dos. J'ai l'étrange sensation que quelqu'un est à coté de moi, mais c'est techniquement impossible puisqu'il a quitté hier soir. Je retourne à mon rêve mais c'est noir et vide. Je suis peut-être trop proche d'un réveil potentiel.

Un souffle chaud près de mon cou. Je me retourne, offre le coté gauche de ma nuque au souffle humide qui se rapproche de ma peau. Le souffle se transforme en douceur de pétales. Des pétales de roses ou de cerisiers japonais ?

Un parfum de riz me submerge, léger et évanescent, suivi d'un parfum d'eau de Cologne subtil mais enivrant et efficace. Qui le porte ? La douceur des fleurs de cerisier se presse contre ma peau et au contact devient plus humide comme un ruisseau qui irait en des sens chaotiques et timidement improvisés. Une douceur de soie froisse les draps et rampe vers mon corps.

Un moi extérieur peux voir la scène dans le noir de la chambre. Mon corps est là, endormi et une ombre blanche se penche sur moi. L'ombre blanche a des longs cheveux noirs qui lui tombent agréablement sur les épaules nues, frêles mais définies. Un dos blanc aux courbes agréables dans son mouvement quand il se rapproche de mon corps endormi. L'ombre porte des pantalons noirs comme Kame, la ceinture en dessous du nombril et le même bracelet noir en cuir. Je gémis. Le ruisseau est à la fois chatouillant et agréable. Les doigts fins de sa main gauche se glissent en dessous de la douillette et je sens les extrémités frôler la peau de mon coté, se glissant sur le terrain de mon ventre.

L'autre moi sens maintenant avec précision les lèvres humides et tièdes goûter ma peau, prendre des bouchées, les dents mordillent gentiment la peau le long du côté du cou, le côté du menton, la langue perce entre les lèvres pour goûter à son tour la tiédeur de ma chaire. La joue est probablement douce. Le cou est tendre. Je sens les vagues chatouillantes de ses longs cheveux me caresser la joue, les lèvres au passage de son mouvement en descente.

Les doigts ont maintenant pris possession tu terroir de mon ventre et eux, comme pour rejoindre l'armée du Nord, commencent leur ascension vers les vallées rondes, un peu plus hauts sur mon corps. C'est toute la main qui se colle contre moi, une paume avide de sentir la chaleur, la douceur, la texture de ma peau, d'absorber ma chaleur; une paume avide d'explorer, d'enregistrer, de découvrir, de sentir, de prendre possession de quelque chose que ses vaillants soldats doigts viennent de conquérir. Je ne bouge pas, je ne me défends pas.

Le ruisseau coule à contre courant et se dirige vers mes lèvres. Je peux maintenant deviner sa trajectoire. Remonter la longueur du cou, en prenant des détours à gauche et à droite pour prolonger le plaisir de la découverte, pour voir du paysage, et surtout y goûter, explorer la douleur de la joue gauche, y faire un petit arrêt pour reprendre du courage pour finalement se diriger vers les lèvres - les premières portes sacrées de l'autre monde.

Mon coeur s'accélère. Il ne proteste pas. Il est déjà conquis. Il veut déjà offrir le trône et la couronne au noble conquérant.

Le ruisseau coule et atteint le rivage de mes lèvres. La longueur d'une seconde se transforme en minute. Ses lèvres sont chaudes et douces. Comme les lèvres des hommes dans mes rêves ; patientes et polies, mais les siennes ont quelque chose de plus, comme une cérémonie qui leur est propre. Soudain je perds le contact avec le ruisseau humide et tiède et seule la main reste pressée contre mon abdomen.

Je veux tourner la tête mais le ruisseau de pétales de sakuras déborde, éclate et fusionne avec la porte de mes lèvres et comme un torrent trop puissant, brise l'obstacle du barrage.

Je sens un poids plus réel et plus certain contre moi, un peu au dessus de moi mais juste ce qu'il faut pour me confirmer sa présence dans ma nuit.

Sa bouche se confond avec la mienne. J'apprécie la lenteur de son geste.

La distance de ses lèvres est si terriblement courte, à peine quelques millimètres. J'entrouvre à peine les lèvres, calculant son prochain désir et voulant y consentir, y participer. Il revient donc, aussi lentement que la première fois, et cette fois ci, ses lèvres entrouvertes laissent passer le bout de sa langue. Une minute au ralenti encore pour le bout de sa langue frôle la mienne.

Je vois la scène de l'extérieur de moi-même. Je suis hyper proche de moi même et de lui, ombre blanche aux cheveux noirs. Je vois les contours de nos deux visages en orange sombre mais lumineux, comme les lumières quand on ferme les yeux. Je sens ses lèvres envelopper les miennes, prennent ma bouche dans la sienne avec une infinie lenteur, calculée pour être parfait et lent et savoureux. Je sens venir sa langue, toute aussi lente, prudente, douce, hésitant ante mais pourtant sûre, tiède chaude, agréable. J'adore cette lenteur étudiée, voulue. Un cérémonial ancestral et précieux.

J'entrouvre mes lèvres pour l'accepter totalement, toujours avec la minutie de la lenteur, comme il le fait lui même. Maintenant, ses lèvres sont complètement pressées contre les miennes. Je savoure l'onde ondulante. Je savoure la vague qui caresse le sable de la plage sous la pleine lune. Je savoure l'éclosion du dernier sakura à la fin du printemps, la plus belle d'entre toutes. Je savoure un cadeau insoupçonné. J'adore la valse sensuelle de sa chaleur. J'adore son souffle chaud contre ma joue. J'adore ses cheveux soyeux sur ma joue et mon cou, comme une brise d'été sur l'herbe sauvage plus haut sur la plage.

Ses doigts bifurquent et se frayent un chemin vers le Sud. Je relève un genou protestateur, mais ça n'empêche pas l'index intrigant et intrépide de se faufiler toujours plus bas. Son épaule se presse contre la mienne. Je reconnais sa chaleur à lui. Sa peau. Sa douceur. L'index est suivi par un majeur Major qui se montre plus confiant.

La valse langoureuse de sa langue s'affirme, se raffine, se confirme. Je le déguste, je le suis, je m'adapte à son rythme. Son majeur et son index se pressent aux portes du plaisir secret et sacré de ma féminité. Je frémis sous ses gestes. Je veux me remémorer sa chaleur, sa texture, ses mouvements. Mon dos s'arc quand un long frisson le traverse, comme un éclair qui se fait pont entre le ciel lointain et inaccessible et le sol humide dans la tempête du plaisir.

Ses doigts ont maintenant un pas de danse qui leur est propre. Sa bouche aussi. Sa langue est taquine, joueuse, il vient et s'en va, attise mon désir et mon plaisir, me garde au bout de la laisse de son jeu improvisé, me laisse m'éloigner, me rattrape, me ramène à lui.

Un autre torrent libre, puissant, déchaîné brise un second barrage et un déluge plus subtil inonde une étendue sans limites. Mes doigts s'agrippent aux draps et ma poigne les tord.

Tandis que mon cou suit la courbe en demi cercle de mon dos, mon torse se soulève et se relève, satisfait et heureux de son pouvoir sur moi. Il en profite pour glisser un bras en dessous de moi, pour mieux m'accueillir à mon retour sur le matelas.

Mon dos entre en contact avec la douceur soyeuse de sa peau, la chaleur tiède de son bras sous mes épaules. Le contact de sa bouche est maintenant mouillé et suave. Il m'embrasse goulûment. J'ai l'impression d'y déceler les premières maladresses, la passion exigeante, l'application de celui qui veut impressionner et donner satisfaction, sans tenir compte de son inexpérience, après tout le baiser est instinctive. Le torrent timide et patient du ruisseau se mue en passion précipitée d'une rivière assoiffée. Ses doigts se pressent, apprennent et affinent les pouvoirs diverses de leurs pressions sur la porte de mon royaume secret.

Mon coeur veut exploser - s'ouvrir comme fleur aux pétales de raz-de-marée. Il s'empresse, s'enchevêtre dans ses battements, déculpe une ardeur que je ne peux plus contrôler... si jamais j'ai eue contrôle sur mon coeur.

Son souffle dans ma nuque redevient la brise tiède d'un vent d'été - la rivière se raffine et se ramifie en ce petit ruisseau incertain et explorateur.

Du menton il baisse la douillette. Les deux collines blanches se dressent hauts et fermes, leurs sommets ornés de rose sombre, comme deux petits temples prêts à accueillir les pèlerins perdus, épuisés après le long voyage.

Sa langue s'y pose comme un papillon ; avec délicatesse et grâce sur le milieu exacte d'une fleur aux pétales ouvertes. Sa bouche se referme sur le toit du temple comme un nuage descendu trop bas du ciel. Ma peau frémit. Mon sein se durcit et s'adoucit. La pointe de sa langue appuie et pointe le bout de mon mamelon. Ses lèvres se pressent contre la chaire tendre et tiède. Je me tortille légèrement contre lui. Il mord, comme par jeu, dans la chaire tendre du fruit de mon coeur. Le noyau est bien caché profondément, il ne peut que déguster la pulpe savoureuse.

# Posted on Tuesday, 08 May 2007 at 12:08 AM

Edited on Tuesday, 08 May 2007 at 5:50 PM

Confiance ou traitrise ?

Confiance ou traitrise ?
Le soleil ne se couchait pas encore sur Tokyo que moi j'abdiquais déjà mon règne. Mes pas ralentissaient, mon être était épuisé. Je commençais à traîner de la patte. Kamenashi s'était admettait lui-même sa fatigue et son pas avait rapidement adopté le mien. Nous nous traînions plus comme les longues minutes de la fin d'après midi plutôt que marcher comme les secondes vives et entraînées du matin.

Au détour d'une petite errance improvisée, après une inième boutique de gadgets, j'aperçus un banc public vide et y traînai nos deux carcasses. La trop forte et toujours croissante fatigue commandait mon esprit et mon corps. Je m'écroulai sur le banc et fermai les yeux. Je le sentis s'écrouler de la même manière à mes cotés, sa tête se retrouva soudain sur mon épaule et il murmura quelque chose. J'étais réputée, à Montréal, pour avoir une épaule digne de ce nom.

Je soupirai de contentement et laissai la petite brise qui se levait à peine me frôler et me rafraîchir.

Je ne pensais même pas au petit déjeuner, après notre entrée dans le secteur officiel du centre-ville, mais mon guide décida que c'était la chose la plus importante si on voulait continuer tout ceci. Il m'entraîna dans un adorable petit restaurant café ou il y avait de la place pour un maximum de 10 clients : dix au bar, et dix dans la salle. Il me commanda un petit déjeuner simple mais nourrissant. Un bol de riz, de la soupe miso, du poisson frit, des cornichons (ô peuple divin, vous savez la valeur du cornichon !!) et de l'algue roulé. Je pensais que c'était un peu beaucoup pour un petit déjeuner, mais du bout de ses baguettes, il pointa mon plat et m'incita à commencer à manger. (M'assurant sûrement combien bon c'était et combien j'avais besoin de prendre des forces pour la journée qui nous attendait). Je commençai par la soupe et le riz, le poisson et les cornichons chéris furent délicieux (les cornichons ne me trahiront jamais) et l'algue avait ce goût que je connaissais déjà mais en mieux - comme plus frais et plus naturel. Je me surpris à manger avec beaucoup d'appétit et il me souriait entre ses bouchées, me lançant de temps en temps des questions (probablement "est-ce bon ? Tu aimes ça ?") Et commentait lui même sur la chose (probablement l'histoire du petit restaurant, ses mets, ses propriétaires, ses clients).

Encore une fois, au moment de payer, il s'offusqua lorsque je sortis mes yens et sans vraiment élever la voix, son ton était clair. Aujourd'hui j'étais à sa charge et il s'occupait de tout. Je rougis et je me sentis mal à l'aise mais il était si confiant et l'honneur d'un homme japonais ne pouvait être traité autrement qu'avec acceptante et gratitude. Mon statut d'étrangère n'était pas une excuse pour que je joue les femmes libérales.

Il remercia la femme qui nous servit et nous sortîmes. Il s'arrêta un moment au milieu du trottoir et avec un doigt adorable sous les lèvres, un peu comme je le faisais des fois en classe, il regarda à gauche, réfléchit, regarda à droite, réfléchit, me regarda, me sourit et songea encore quelques secondes. Nous finîmes par tourner à droite et c'était parti pour la grande aventure.

Pour le trajet, il avait mis un bras autour de mes épaules avec une certitude toute fraternelle et je dus adapter mon pas au sien. Pour une raison étrange, je me sentais en sécurité avec lui, même si je ne savais rien de lui. Après tout, il ne savait rien de moi. S'il pouvait être un recruteur de prostituées pour les Yakuzas locaux, je pouvais bien être une vendeuse de drogue criblée de dettes en fuite de mon pays d'origine. Il y a des lois non écrites qui lient les étrangers et une certaine confiance est nécessaire ; non demandée, mais simplement existante.

Kamenashi me fit visiter des boutiques de journaux, de mangas - et j'adorai chaque parcelle de seconde de tout ce texte, de toute cette information écrite en kanji et non en lettres occidentales où moyenne orientales. Il m'acheta un manga - une histoire en un volume - dont les dessins étaient incroyablement beaux et dont je n'arrivais pas à détacher mon regard, puis nous passâmes devant beaucoup de boutiques diverses, lui me les pointant chacune et moi faisant un signe de tête positif si je voulais que nous entrions ou un signe négatif si on devait simplement continuer notre chemin pour voir un maximum de choses. Un peu plus loin, j'aperçus une boutique de CDS, mais c'est lui qui me pria de continuer le chemin. Je ne compris pas vraiment pourquoi, mais je pouvais toujours y retourner toute seule éventuellement.

Dans une boutique de gadgets diverses, il m'acheta un petit calepin qui contenait quand même pas mal de pages blanches et un petit crayon y était incrusté dans le coté droite. Il y avait un personnage d'animé connu sur la couverture - Sailor Moon - mon unique héroïne féminine dans ma jeunesse et même dans le présent. Il essaya des masques de Pikachu (un Pokémon) et de Songoku (Dragon Ball) en y rajoutant des mimiques et des gestes vraiment caricaturés, il me fit rire et il me sembla que notre complicité devenait de plus en plus profonde. Le vendeur même lui sourit et trouva ses gestes mignons. (Je ne pus m'empêcher de trouver son expression, au marchand, pourtant empreint de cette sagesse du plus vieux qui sait ou qui croit savoir, quand la flamme de l'amour est toute naissante entre deux créatures et cela me troubla- ce qui sembla affirmer qu'il avait raison lui en ses déductions instinctifs).

En quittant la boutique, Kamenashi prit le petit calepin et dessina sur la première page un avion pointant vers le coté droit de la page alors qu'une flèche retournait vers le coté gauche et venait mettre en évidence un point d'interrogation. Il me tendit le calepin et en dessous, je désignai le point d'interrogation à la manière mathématique. ? = Montréal, Québec, Canada. Il prononça "Ka-Na-Da" et j'acquisai.

Il ne me demanda pas pourquoi - ni à l'aide du dictionnaire, ni avec l'aide de dessins. Pour le moment, soit il voulait garder le mystère soit la réponse lui suffisait.

Nous visitâmes un autre parc, beaucoup plus grand, fréquenté par des lycéens vers midi et des hommes d'affaires qui s'offraient un lunch extérieur sous le beau soleil. Lunch pour lequel il prit des sandwiches a l'occidentale à emporter et nous nous installâmes dans l'herbe chaude et verte et abondante. J'examinai un peu plus le petit calepin et je ne pus m'empêcher d'essayer de faire un croquis de lui. Je tournai la page, entre deux bouchés de sandwich vraiment occidental (jambon - fromage - mayonnaise entre pain grillé je commençais par les contours de son visage plus masculin et mûre que le format "chibi" que j'utilisais pour mes dessins de filles. Puis les yeux en amendes, légèrement exagérés pour lui donner un look plus ... je n'arrivai pas vraiment à déterminer, charmeur mais poli disons, puis la lèvre supérieure et une ligne pour la lèvre inférieure, les cheveux longs cachant partiellement l'oeil droite, descendant dans son cou, frôlant les épaules, le t-shirt aux allures de décorations punk mais pour le motif je dessinais un coeur avec des ailes et une étoile sur le dessus avec des rayons derrière tout ça Lorsque le sandwich fut terminé, ainsi que les limonades, je lui montrais plus visiblement le dessin. Lorsque je lui tendis le calepin, ses doigts touchèrent et pressèrent les miennes pendant quelques secondes, et une énergie étrange circula entre nous. Il se contint très bien et ne laissa rien paraître. En examinant le croquis, il me sourit et commenta en hochant vigoureusement la tête. Je devinai que ça lui plaisait et que c'était bien. Son sourire était rayonnant.

Nous restâmes un peu comme ça, allongés sur l'herbe, après le lunch. Je m'étendis la première, laissant dans un petit tas près de moi mon sac à dos, nos sacs de shopping, le dictionnaire et la carte routière. J'avais étendue mes bras parallèles à mon corps pour absorber le soleil et l'air, complètement abandonnée à un étant proche de la transe, mais qui était plus de plaisir simple de vivre et d'être là ; un pur savourent du présent, jusqu'à aimer les bruits ambiants, les bouts de conversations, les rires, la brise douce et tiède, les arbres, le gazon... Kamenashi s'appuyait sur un coude, très proche de moi, il m'observait, m'étudiait. J'ouvris les yeux, le regardai, le remerciai ave un "arigatou" comme un murmure mais empli de sincérité, et refermé les yeux. Je l'entendis s'étendre à son tour mais je fus surpris de sentir sa tête sur mon ventre et son bras en angle permit à sa main de frôler la mienne. Ses longs doigts se distrayants avec les miens. J'aurais voulue glisser les doigts de mon autre main dans ses cheveux si soyeux, caresser son front et le coté de son visage, mais c'était un geste trop poussé, bien au delà des limites de la politesse qui nous liait. Même si nous nous sentions en ce moment super proches l'un de l'autre, il y avait des choses qu'il était inconvenable de faire.

Assise sur ce banc, je me remémorai l'après midi douce et lente, les rues peut-être plus pauvres, les « shops » de restauration rapide, les librairies, les boutiques de vêtements extravagants, les coiffeurs, des boutiques d'épices, de thé, des magasins qui louaient des vidéos, des postes de polices.... la normalité et le quotidien d'une cité qui était pour moi quelque chose impossible à classer dans l'ennuyeux et le normal.

Mon jeune guide secoua la tête vigoureusement, comme pour se réveiller et ouvrit le petit calepin puis dessina un immeuble avec les mots écrits en anglais - ou plutôt en standard mondial - Hôtel Motel et un signe d'interrogation. Il chercha le mot "réservé" dans le dictionnaire et l'inscrivit en dessous de l'image. Je lui répondis de la même manière. Non. Je dessinai une croix sur l'immeuble portant l'insigne et rajouté "no" avant le mot "booked". Non je n'avais rien réservé. Tout ceci était complètement improvisé. Son expression maintenant était réellement surpris et frôlait l'inquiétude. Je voulais rire et le rassurer, mais ça aurait sonné faux. J'étais dans un monde ou même les symboles m'étaient inconnues, alors comment pourrais-je me débrouiller ? Demander de l'aide à la police ? Comprendrais-je seulement leurs indications ? Il réfléchit à la chose et consulta mon guide routier mais ce qu'il y trouva ne sembla pas le satisfaire. Il consulta à nouveau la carte routière. Nous n'étions pas tellement loin de Shibouya maintenant. Il tapota le nom du doigt. Je le regardais interrogatrice. Il sourit, plaisanta, reprit son sérieux et se leva, me tendant la main. Qu'y avait-il à Shibouya ? Des hôtels pas chers ?

La nuit descendait doucement sur nous et nous enveloppait et Tokyo lui semblait se réveiller. Les lumières se faisaient plus vibrantes. Les publicités plus vives. Les gens avaient des énergies différentes. Kamenashi dut me tenir la main pour ne pas me perdre dans la foule des passants, avec mon naturel problème de distraction en prime, il devait être agile et attentif pour deux. Sur le coup, je ne pensai même pas à prendre des photos. Je voulais simplement me remémorer tout ça. Les lumières. La vie. L'énergie. C'était dingue. Montréal n'arrivait pas à la cheville de tout ça... et de loin.

Lorsque je revins à mes bons sens, nous étions dans rue plus petite et sûrement dans le quartier de Shibouya puisque mon guide s'était arrêté un moment et étudiait les immeubles de la rue. Je remarquai enfin de quoi il s'agissait. Des love hôtels. Et ils s'alignaient sur la rue, dans une multitude qui disparaissait dans la distance. Ma main était soudain moite et froide dans la sienne. Je me figeai sur place. Il me traîna quand même vers le premier, lut les informations de base et se dirigea vers le second. Il s'arrêta finalement au quatrième et ressortit le petit calepin, et dessina un signe "check" à coté du dessin de l'hôtel. Je ne comprenais plus rien.

Des idées confuses me traversèrent la tête à la vitesse de la lumière et je ne pus vraiment les analyser toutes comme j'aurais voulue. Était-il seulement sérieux ? Voulait-il passer la nuit avec moi dans une chambre de love motel ? S'attendait-il que je le repaye de mon corps pour ses dépenses et son aide pour la journée ? Mon coeur se serra à cette idée. Mon adoration du peuple japonais s'envola en fumée. J'avais ma salive. Comptait-il me violer ? Je le regardai et le détaillai- il était légèrement plus haut que moi, mais tout aussi mince, sinon plus, et il semblait plutôt frêle ... et tant pis bordel, ça confirmerait peut-être les rumeurs que nous avons à propos des hommes asiatiques. Et qui plus est - je ne lui faciliterais pas la tâche, ma nouvelle orientation et les dispositions de mon corps ne rendraient pas de ses plants un moment de plaisir si facile !

Et tandis que je songeais ainsi, préparant ma défense possible, mes non arguments, essayant de deviner ses plans, je réalisai qu'il semblait m'attendre. Il en aurait du culot s'il espérait que j'aille de mon plein gré dans cet endroit - pour ces actes là !

Il sourit, comme un gamin qui connaît un secret qu'il veut garder le plus longtemps possible avant de le partager avec un adulte. Il éclata de rire et pointa le mot "Stay" et je lus la suite. Rest - 22:00 - 10:00 - 10,500 yens. Je restai tout de même sur mes gardes.

Toujours empreint de la même sérénité et assurance troublantes, il alla pour payer pour la nuit. Mais il n'était que vingt et un heures tout juste. Il fallait donc attendre. Il parla à la personne derrière la vitre fumée il sembla y avoir un petit argument de sa part. Que demandait-il donc ? Après un moment, je vis la petite clé sur une porte clé qui indiquait le numéro de la chambre et l'échange de l'argent pour cette clé. Kamenashi m'indiqua une porte sombre dans le fond du couloir, sur le même côté que le comptoir, à dix pas de la, sur le coté opposé, un escalier semblait monter. Il me donna mes paquets et me pria, avec des gestes évocateurs de me rendre jusqu'à cette fameuse porte. Je voulus hésiter, mais déjà la porte s'ouvrait timidement. Une jeune femme dans la trentaine me sourit et tendit la main comme pour prendre mes affaires. J'hésitais vraiment là. Mon passeport était dans mon sac, ainsi que mon argent, je ne pouvais pas vraiment les prendre et me balader avec ça dans les mains dans le coeur de la ville. Mon appareil photo aussi - au pire, je le prendrais lui, pour quelques photos nocturnes.

La dame prit donc mes affaires, mit dans mon sac le dictionnaire, la carte routière, le calepin et un sac contenant des petits bidules mignons aussi achetés dans une boutique à gadgets. Mon coeur était lourd et battait croche dans ma poitrine. La porte se referma et la dame disparu- elle me donna un sourire confiant et tendre avant de disparaître. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Je rejoignis lentement le jeune homme à l'entrée et soudain je le voyais tel qu'il était ; un étranger total rencontré quelques heures plus tôt à l'aéroport. Ce qui aurait du être un échange de base - question réponse - s'était transformé au cours de la journée, revêtant autant de costumes exotiques que d'émotions que je pouvais ressentir et recenser. Lui me souriait avec confidence et confiance, amabilité et quelque chose d'étrange sur le visage que je ne pus analyser. Ce n'était rien de mauvais ou de tricheur - alors je me laissais aller à regagner la confiance qu'il avait réussi à instaurer en moi. Je pouvais me tromper. Je pouvais avoir raison. Je décidai de voir la chose sous l'angle positif.

# Posted on Saturday, 05 May 2007 at 10:17 PM

Edited on Saturday, 19 May 2007 at 10:37 PM