Je l'avais donc choisi. Sur le coup, la douleur de mes préoccupations morales fut aveuglée par les sakuras de lumière qui virevoltaient et dansaient autour de moi dans une pluie éblouissante. Je me sentais doucement submergée par leur chaleur consolante. Leur lumière était éclatante et je fermai les yeux un court instant.
Lorsque je les ouvris, j'étais étendue dans le lit aux draps blancs où les fleurs de cerisiers flottaient sagement, éparses, dans leur éclosion rose tendre.
Je ne m'étais pas complètement soûlée au sens proprement technique du terme, la veille, mais je n'en ai pas été loin. Je me souvenais m'être trop passionnément, et sûrement de manière impolie, agrippée à mon jeune ami. Les lumières, le flot de la nuit, tous ces visages et ces rires, cette vie urbaine indomptable et hurlante d'existence propre...
Je fermai les yeux. Je priai pour ne pas avoir faite une mauvaise impression sur lui. Ca tacherait la réputation des occidentaux, via le principe même qu'ont les hommes à juger la masse selon les agissement d'un seul individu, qu'il soit représentatif ou non.
Je me rappelai la douceur de la brise sur mon visage, dans mes cheveux, en contraste avec la chaleur douillette du lit. Je me rappelai les lumières vivantes, en opposition à la demi pénombre qui noyait la chambre. Je me rappelai son bras autour de mes épaules, son corps si près du mien hier soir, avec la différence quasi douloureuse de son absence ce matin.
"Seigneur, qu'est-ce que j'ai fait ?"
Mon bras droit avait surgi du néant du sommeil pour plaquer une paume tiède sur mes yeux.
"Tu as pris un avion pour Tokyo. Tu t'es amourachée d'un gamin sorti du hasard de nulle part et il est trop tard pour regretter et demander pardon. De toute façon, regrettes-tu une miette ton geste ?"
C'est la voix de mon autre moi-même.
En vérité je ne regrettai rien. Je pourrais toujours me faire haïr par ces gens qui sont mes amis parce que moi j'ai fait un choix égoïste au-delà du raisonnable et du bon sens civique. Ils pourraient toujours me renier et j'aurais la mort à l'âme et je pourrais essayer d'échapper à tout ça de la manière facile. La quatrième fois sera peut-être la bonne.
Je songeai qu'il serait quand même la moindre des choses que d'avertir mes amis et ma soeur de mes actions farfelues. Je demanderais à Kamenashi de m'amener dans un cyber café - ça doit polluer Tokyo ces endroits-là.
Il m'avait dit hier soir qu'il reviendrait ce matin - mais il n'avait pas précisé l'heure ... je pourrais peut-être faire un petit somme, en jouant la carte du "c'est un gentleman qui viendra me prendre juste avant l'heure du départ de la chambre".
Je me retournai sur moi-même et m'étirant comme une féline, je replongeai mon visage dans la douceur accueillante de l'oreiller.
Les paroles d'une chanson de Cliff Richard me revinrent en mémoire, pendant que je divaguais pour retomber dans le filet de pèche du sommeil.
The only way out
Came a time in my life
Il est venu un temps dans ma vie
I had to be free
Je devais être libre
From all the lies
De tous les mensonges
That used to be me
Qui étaient moi
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I've been waisting my time
Je perdais mon temps
But not anymore
Mais plus maintenant
I've been through the maze
J'ai traversée le labyrinthe
And it lead to your door
Et ça m'a conduit à ta porte
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passée beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you stopped the rain
Soudain tu as arrêté la pluie
And you changed the view
Et tu as changé la perspective
Now every where's leading to you
Maintenant tout me dirive vers toi
Let's get this thing going
Continuons à fiare marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let me do all the things
Laisse moi faire toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont tant manquées
'cos the only way out is the only way in
Parceque la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passé beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you made the rescue
Soudain tu as fait la rescousse
You Pulled me through
Tu m'as tiré de là
Now let me do something for you
Maintenant laisse moi faire quelque chose pour toi
Let's get this thing going
Continuons à faire marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let's do all the things
Faisons toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont manquées depuis si longtemps
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
Yeah the only way out is the only way in
Oui, la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi (1)
Les paroles étant si ambiguës, le "toi" pouvait tout autant être mon voyage, ma volonté, mon inspiration, mon "trip" que Kame.
Le sommeil me berçait presque dans ses bras quand j'entendis la clé dans la serrure de la porte et le doux bruit de cette dernière qu'on poussait.
Le sang me monta aux joues. C'était Kamenashi et j'étais nue sous la douillette et mes sous-vêtements paradaient et séchaient sur le bord de la fenêtre. Ca y est. Ma réputation est officiellement foutue. Il pensera que j'ai sûrement passée la nuit avec un étranger, vue qu'il a été assez poli pour ne pas me toucher. Le remords de pas avoir fait le mal parceque son honneur l'avait ainsi formé. Comment cela se ressent-il ?
Il poussa la porte et entra. Je me retournai doucement et ramenant la couverture jusqu'à mon menton, je sortis une main timide pour le saluer mais ma langue ne se délia pas. Mon esprit était sous le choc de son apparence. Son apparence était la brûlure d'un coup de fouet toute fraîchement et fortement appliquée sur mon coeur encore sensible.
Kamenashi portait un t-shirt noir tout simple qui soulignait sa minceur et sa longitude, un jean noir avec une chaîne argentée sur le coté droit - la mode actuelle chez les jeunes, des bottes noires et des lunettes de soleil models pilote américain. Mon coeur manqua un battement. Devant la porte, hésitant à rentrer, on dirait le jeune fantôme d'A-E. Le jeune "san" exotique et tout frais et nouveau me faisant le coup de l'appariation du "sama" (2) de mon passé, celui qui pour moi était le créateur ultime de ce look. Autant appeler cela une histoire de fantôme du coeur occidental.
Il me sourit et me lança un "Ohayo gozaimass' " (bonjour) et j'essayais de l'imiter pour le saluer aussi. Il hocha la tête ; ma prononciation n'était pas trop atroce. Il ôta ses bottes et s'approcha.
Puis il ôta ses lunettes, les mit sur sa tête et vint s'asseoir sur le lit, plus précisément sur le coin opposé d'où ma tête se trouvait. Je bougeai mes pieds, comme pour me distancer de lui - je ne saurais dire si c'était par politesse ou à cause de cette sensation réelle qui nous enveloppait ce matin là. Ce n'était pas la magie de la veille, ce n'était pas comme si nous ne nous connaissions pas, mais il y avait quelque chose dans son attitude et dans la mienne qui semblait nous mettre tous les deux mal à l'aise.
Se penchant vers mon sac, il prit le dictionnaire et le petit calepin puis chercha ses mots. Après le moment qu'il lui fallut, Il se laissa tomber tout près de moi et je me roulai, comme pour me protéger, sur le ventre. Il en fit de même et glissa le petit calepin ouvert sur l'oreiller entre nous deux. Une main timide sortir de sous la couette pour le prendre et je lus ses mots.
"moi - honnête - toi" À lire "puis-je être honnête ave toi". Je me retournai vers lui, pour le regarder, il fuit mon regard.
Je glissai doucement le calepin entre nous deux et glissant mes bras croisés sous l'oreiller, j'y déposais mon visage et fermai les yeux.
J'attendais toujours ses confidences, lui laissant le temps d'aller chercher le dictionnaire pour y trouver les nouveaux mots quand je sentis tout le poids de son corps contre le mien. Un souffle chaud me caressa l'oreille droite.
"Je t'ai trompée hier"
Sur le coup, je ne prêtai pas attention au fait qu'il avait énoncé cela dans un anglais parfait. Ce n'était peut-être que quelques mots mais ils sonnaient authentiques et sa prononciation était naturelle. J'ouvris les yeux. Il avait fermé les siens. Son visage était si proche du mien sur l'oreiller qui juxtaposait le mien.
"En quel sens - m'as tu trompée ?"
Un autre silence. Un léger soupir. Et je réalisai.
"Tu parles anglais ... de manière fluente ?"
Il hocha positivement la tête.
"Est-ce qu'on t'a volé tes bagages ?" Il me demanda soudain, en ouvrant les yeux, en plongeant son regard dans le mien.
À mon tour de soupirer.
"Non. C'est moi qui suis partie sans rien prendre avec moi.
- Je ne suis pas celui que tu crois que je suis."
J'eus un petit rire.
"Tu n'es pas un collégien Japonais. Laisse moi deviner... tu es un Yakuza ? (3)
- Non" Et il éclata de rire, déposa doucement sa tête sur l'oreiller et perdit quelques doigts dans mes cheveux défaits.
" Un Mac - Pimp - peu importe quelle est l'appellation courante ?
- Non plus. Quelque chose d'un peu moins ... farfelu, quelque chose de plus réel.
- Qu'y a-t-il entre le collégien et le yakuza qui soit moins farfelu et plus réel ?"
Il continua à jouer dans mes cheveux et je me laissai aller à ses longs doigts fins. Une gêne soudain s'empara de moi quand les réminiscences de mon rêve remontèrent à la surface de ma mémoire consciente. Sa bouche - sa chaleur - son humidité - sa voracité toute fébrile - sa main - sa douceur - sa chaleur - son contact sur ma peau. Le sang me monta aux joues.
" Je donne ma langue au chat.
- Ne donne jamais ta langue à un chat car jamais il ne te le rendra. Donne le à moi plutôt. Devine encore. "
Il sourit et je ne sus comment interpréter ses paroles. Je n'étais donc pas seule dans seule dans le piège du désir ?
"Épates-moi."
- Je suis un artiste de la chanson pop."
Kamenashi lâcha ça en un soupir presque comme pour lui même, ou comme un secret précieux qu'une seule partie de moi devait recevoir.
" Tu plaisantes !"
Moi j'avais laissé échapper mon interjection avec plus de violence et de surprise.
Il me regarda encore, sourit et secoua négativement la tête. Mon coeur fit un drôle de bond. Pour une raison incroyablement pas reliée à tout ceci - je songeai à mon corps nue sous la couette et à me sous vêtements sur le bord de la fenêtre.
Soudain il glissa ses bras autour de moi, enfouit son visage dans mes cheveux et me murmura à l'oreille :
" Tu me pardonnes ?"
Lui pardonner quoi ? Lui pardonner mon bonheur ? Lui pardonner ma chance ? Lui pardonner nos souvenirs d'hier ? Je ne sus pas quoi lui répondre.
Je commençais a bégayer "je" mais il n'y eut pas de suite. J'aurais juste voulue le serrer contre moi et le laisser retourner à sa vie sans moi, sans les complications que je apporterais si nous restions ensemble. Mais je n'en fis rien.
" Je te pardonne... mais je ne sais pas pour quel faute je te pardonne.
- Je me suis joué de toi hier."
Il relâcha son étreinte et s'étendit sur le côté à coté de moi.
" Est-ce que tu veux passer un peu de temps avec moi ?"
Je le regardais intriguée. Ça voulait dire quoi, exactement, passer un peu de temps avec lui ? Il reprit aussitôt, réalisant l'ambiguïté de son commentaire.
" Je veux t'héberger pendant ton séjour.
- Et en échange je te donne quoi ?
- Ton talent.
- Mon talent ?
- Ton talent."
Il me fit un clin d'oeil et se leva du lit, presque comme s'il avait un ressort dans le corps. Il remit tout dans mon sac, ferma la fermeture éclaire et s'assit sur le coin de lit qui touchait presque à la télé, dans un silence que je ne comprenais plus. J'attendis un moment. Il alluma l'écran et regarda les nouvelles. Je pris ça pour un signal et me glissais discrètement hors du lit - m'enroulant dans un drap léger comme on voit dans les films - puis me dirigeai vers la fenêtre pour prendre mes sous vêtements et allai me changer dans la salle de bains.
Lorsque je revins, il avait les lunettes sur le nez, mon sac sur les épaules et s'amusait avec la clé de la chambre.
(1) Paroles © Cliff Richard trouvés ici http://www.tremolocowboys.com/Lyrics_C/Cliff_Richard_Lyrics/The_Only_Way_Out_Song_Lyrics.html
et la traduction est © moi donc peut-être pas forcément la meilleure
(2) san = suffixe poli nippone pour désigner avec respect quelqu'un avec qui on a une relation de connaissance ou au niveau professionnel. (Mr. Shingo = Shingo-san)
sama = suffixe pour désigner les instances divines ou spirituellement saintes. (Marie la vierge = Maria-sama)
(3) Yakuza est le nom que se donnent les gens du crime organisé au Japon
Lorsque je les ouvris, j'étais étendue dans le lit aux draps blancs où les fleurs de cerisiers flottaient sagement, éparses, dans leur éclosion rose tendre.
Je ne m'étais pas complètement soûlée au sens proprement technique du terme, la veille, mais je n'en ai pas été loin. Je me souvenais m'être trop passionnément, et sûrement de manière impolie, agrippée à mon jeune ami. Les lumières, le flot de la nuit, tous ces visages et ces rires, cette vie urbaine indomptable et hurlante d'existence propre...
Je fermai les yeux. Je priai pour ne pas avoir faite une mauvaise impression sur lui. Ca tacherait la réputation des occidentaux, via le principe même qu'ont les hommes à juger la masse selon les agissement d'un seul individu, qu'il soit représentatif ou non.
Je me rappelai la douceur de la brise sur mon visage, dans mes cheveux, en contraste avec la chaleur douillette du lit. Je me rappelai les lumières vivantes, en opposition à la demi pénombre qui noyait la chambre. Je me rappelai son bras autour de mes épaules, son corps si près du mien hier soir, avec la différence quasi douloureuse de son absence ce matin.
"Seigneur, qu'est-ce que j'ai fait ?"
Mon bras droit avait surgi du néant du sommeil pour plaquer une paume tiède sur mes yeux.
"Tu as pris un avion pour Tokyo. Tu t'es amourachée d'un gamin sorti du hasard de nulle part et il est trop tard pour regretter et demander pardon. De toute façon, regrettes-tu une miette ton geste ?"
C'est la voix de mon autre moi-même.
En vérité je ne regrettai rien. Je pourrais toujours me faire haïr par ces gens qui sont mes amis parce que moi j'ai fait un choix égoïste au-delà du raisonnable et du bon sens civique. Ils pourraient toujours me renier et j'aurais la mort à l'âme et je pourrais essayer d'échapper à tout ça de la manière facile. La quatrième fois sera peut-être la bonne.
Je songeai qu'il serait quand même la moindre des choses que d'avertir mes amis et ma soeur de mes actions farfelues. Je demanderais à Kamenashi de m'amener dans un cyber café - ça doit polluer Tokyo ces endroits-là.
Il m'avait dit hier soir qu'il reviendrait ce matin - mais il n'avait pas précisé l'heure ... je pourrais peut-être faire un petit somme, en jouant la carte du "c'est un gentleman qui viendra me prendre juste avant l'heure du départ de la chambre".
Je me retournai sur moi-même et m'étirant comme une féline, je replongeai mon visage dans la douceur accueillante de l'oreiller.
Les paroles d'une chanson de Cliff Richard me revinrent en mémoire, pendant que je divaguais pour retomber dans le filet de pèche du sommeil.
The only way out
Came a time in my life
Il est venu un temps dans ma vie
I had to be free
Je devais être libre
From all the lies
De tous les mensonges
That used to be me
Qui étaient moi
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I've been waisting my time
Je perdais mon temps
But not anymore
Mais plus maintenant
I've been through the maze
J'ai traversée le labyrinthe
And it lead to your door
Et ça m'a conduit à ta porte
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passée beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you stopped the rain
Soudain tu as arrêté la pluie
And you changed the view
Et tu as changé la perspective
Now every where's leading to you
Maintenant tout me dirive vers toi
Let's get this thing going
Continuons à fiare marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let me do all the things
Laisse moi faire toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont tant manquées
'cos the only way out is the only way in
Parceque la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
I spent a lot of time at the crossroads
J'ai passé beaucoup de temps à la croisée des chemins
Getting that lonely feeling inside
À avoir ce sentiment de solitude à l'intérieur de moi
Suddenly you made the rescue
Soudain tu as fait la rescousse
You Pulled me through
Tu m'as tiré de là
Now let me do something for you
Maintenant laisse moi faire quelque chose pour toi
Let's get this thing going
Continuons à faire marcher tout ca
Let's move it along
Allons y ensemble
Let's do all the things
Faisons toutes ces choses
I've been missing so long
Qui m'ont manquées depuis si longtemps
And the only way out is the only way in
Et la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi
Yeah the only way out is the only way in
Oui, la seule sortie est la seule entrée
And it's you
Et c'est toi (1)
Les paroles étant si ambiguës, le "toi" pouvait tout autant être mon voyage, ma volonté, mon inspiration, mon "trip" que Kame.
Le sommeil me berçait presque dans ses bras quand j'entendis la clé dans la serrure de la porte et le doux bruit de cette dernière qu'on poussait.
Le sang me monta aux joues. C'était Kamenashi et j'étais nue sous la douillette et mes sous-vêtements paradaient et séchaient sur le bord de la fenêtre. Ca y est. Ma réputation est officiellement foutue. Il pensera que j'ai sûrement passée la nuit avec un étranger, vue qu'il a été assez poli pour ne pas me toucher. Le remords de pas avoir fait le mal parceque son honneur l'avait ainsi formé. Comment cela se ressent-il ?
Il poussa la porte et entra. Je me retournai doucement et ramenant la couverture jusqu'à mon menton, je sortis une main timide pour le saluer mais ma langue ne se délia pas. Mon esprit était sous le choc de son apparence. Son apparence était la brûlure d'un coup de fouet toute fraîchement et fortement appliquée sur mon coeur encore sensible.
Kamenashi portait un t-shirt noir tout simple qui soulignait sa minceur et sa longitude, un jean noir avec une chaîne argentée sur le coté droit - la mode actuelle chez les jeunes, des bottes noires et des lunettes de soleil models pilote américain. Mon coeur manqua un battement. Devant la porte, hésitant à rentrer, on dirait le jeune fantôme d'A-E. Le jeune "san" exotique et tout frais et nouveau me faisant le coup de l'appariation du "sama" (2) de mon passé, celui qui pour moi était le créateur ultime de ce look. Autant appeler cela une histoire de fantôme du coeur occidental.
Il me sourit et me lança un "Ohayo gozaimass' " (bonjour) et j'essayais de l'imiter pour le saluer aussi. Il hocha la tête ; ma prononciation n'était pas trop atroce. Il ôta ses bottes et s'approcha.
Puis il ôta ses lunettes, les mit sur sa tête et vint s'asseoir sur le lit, plus précisément sur le coin opposé d'où ma tête se trouvait. Je bougeai mes pieds, comme pour me distancer de lui - je ne saurais dire si c'était par politesse ou à cause de cette sensation réelle qui nous enveloppait ce matin là. Ce n'était pas la magie de la veille, ce n'était pas comme si nous ne nous connaissions pas, mais il y avait quelque chose dans son attitude et dans la mienne qui semblait nous mettre tous les deux mal à l'aise.
Se penchant vers mon sac, il prit le dictionnaire et le petit calepin puis chercha ses mots. Après le moment qu'il lui fallut, Il se laissa tomber tout près de moi et je me roulai, comme pour me protéger, sur le ventre. Il en fit de même et glissa le petit calepin ouvert sur l'oreiller entre nous deux. Une main timide sortir de sous la couette pour le prendre et je lus ses mots.
"moi - honnête - toi" À lire "puis-je être honnête ave toi". Je me retournai vers lui, pour le regarder, il fuit mon regard.
Je glissai doucement le calepin entre nous deux et glissant mes bras croisés sous l'oreiller, j'y déposais mon visage et fermai les yeux.
J'attendais toujours ses confidences, lui laissant le temps d'aller chercher le dictionnaire pour y trouver les nouveaux mots quand je sentis tout le poids de son corps contre le mien. Un souffle chaud me caressa l'oreille droite.
"Je t'ai trompée hier"
Sur le coup, je ne prêtai pas attention au fait qu'il avait énoncé cela dans un anglais parfait. Ce n'était peut-être que quelques mots mais ils sonnaient authentiques et sa prononciation était naturelle. J'ouvris les yeux. Il avait fermé les siens. Son visage était si proche du mien sur l'oreiller qui juxtaposait le mien.
"En quel sens - m'as tu trompée ?"
Un autre silence. Un léger soupir. Et je réalisai.
"Tu parles anglais ... de manière fluente ?"
Il hocha positivement la tête.
"Est-ce qu'on t'a volé tes bagages ?" Il me demanda soudain, en ouvrant les yeux, en plongeant son regard dans le mien.
À mon tour de soupirer.
"Non. C'est moi qui suis partie sans rien prendre avec moi.
- Je ne suis pas celui que tu crois que je suis."
J'eus un petit rire.
"Tu n'es pas un collégien Japonais. Laisse moi deviner... tu es un Yakuza ? (3)
- Non" Et il éclata de rire, déposa doucement sa tête sur l'oreiller et perdit quelques doigts dans mes cheveux défaits.
" Un Mac - Pimp - peu importe quelle est l'appellation courante ?
- Non plus. Quelque chose d'un peu moins ... farfelu, quelque chose de plus réel.
- Qu'y a-t-il entre le collégien et le yakuza qui soit moins farfelu et plus réel ?"
Il continua à jouer dans mes cheveux et je me laissai aller à ses longs doigts fins. Une gêne soudain s'empara de moi quand les réminiscences de mon rêve remontèrent à la surface de ma mémoire consciente. Sa bouche - sa chaleur - son humidité - sa voracité toute fébrile - sa main - sa douceur - sa chaleur - son contact sur ma peau. Le sang me monta aux joues.
" Je donne ma langue au chat.
- Ne donne jamais ta langue à un chat car jamais il ne te le rendra. Donne le à moi plutôt. Devine encore. "
Il sourit et je ne sus comment interpréter ses paroles. Je n'étais donc pas seule dans seule dans le piège du désir ?
"Épates-moi."
- Je suis un artiste de la chanson pop."
Kamenashi lâcha ça en un soupir presque comme pour lui même, ou comme un secret précieux qu'une seule partie de moi devait recevoir.
" Tu plaisantes !"
Moi j'avais laissé échapper mon interjection avec plus de violence et de surprise.
Il me regarda encore, sourit et secoua négativement la tête. Mon coeur fit un drôle de bond. Pour une raison incroyablement pas reliée à tout ceci - je songeai à mon corps nue sous la couette et à me sous vêtements sur le bord de la fenêtre.
Soudain il glissa ses bras autour de moi, enfouit son visage dans mes cheveux et me murmura à l'oreille :
" Tu me pardonnes ?"
Lui pardonner quoi ? Lui pardonner mon bonheur ? Lui pardonner ma chance ? Lui pardonner nos souvenirs d'hier ? Je ne sus pas quoi lui répondre.
Je commençais a bégayer "je" mais il n'y eut pas de suite. J'aurais juste voulue le serrer contre moi et le laisser retourner à sa vie sans moi, sans les complications que je apporterais si nous restions ensemble. Mais je n'en fis rien.
" Je te pardonne... mais je ne sais pas pour quel faute je te pardonne.
- Je me suis joué de toi hier."
Il relâcha son étreinte et s'étendit sur le côté à coté de moi.
" Est-ce que tu veux passer un peu de temps avec moi ?"
Je le regardais intriguée. Ça voulait dire quoi, exactement, passer un peu de temps avec lui ? Il reprit aussitôt, réalisant l'ambiguïté de son commentaire.
" Je veux t'héberger pendant ton séjour.
- Et en échange je te donne quoi ?
- Ton talent.
- Mon talent ?
- Ton talent."
Il me fit un clin d'oeil et se leva du lit, presque comme s'il avait un ressort dans le corps. Il remit tout dans mon sac, ferma la fermeture éclaire et s'assit sur le coin de lit qui touchait presque à la télé, dans un silence que je ne comprenais plus. J'attendis un moment. Il alluma l'écran et regarda les nouvelles. Je pris ça pour un signal et me glissais discrètement hors du lit - m'enroulant dans un drap léger comme on voit dans les films - puis me dirigeai vers la fenêtre pour prendre mes sous vêtements et allai me changer dans la salle de bains.
Lorsque je revins, il avait les lunettes sur le nez, mon sac sur les épaules et s'amusait avec la clé de la chambre.
(1) Paroles © Cliff Richard trouvés ici http://www.tremolocowboys.com/Lyrics_C/Cliff_Richard_Lyrics/The_Only_Way_Out_Song_Lyrics.html
et la traduction est © moi donc peut-être pas forcément la meilleure
(2) san = suffixe poli nippone pour désigner avec respect quelqu'un avec qui on a une relation de connaissance ou au niveau professionnel. (Mr. Shingo = Shingo-san)
sama = suffixe pour désigner les instances divines ou spirituellement saintes. (Marie la vierge = Maria-sama)
(3) Yakuza est le nom que se donnent les gens du crime organisé au Japon

