20 000 lieues au fond de l'âme - IV - yakusoku (promesse)

Kame, en perfect gentleman Japonais se leva le premier et sortit du bain pour revenir quelques minutes plus tard avec un t-shirt et un pantalon de sport large et confortable. Son regard croisa le mien, encore une fois et je souris et le remerciais en japonais. Je commençais à avoir le bon accent.

Je finis par m'extirper du bain et enfiler ses vêtements. Je notais au passage que mes formes féminines étaient a moitié visibles dans ses vêtements. Mes seins en tout cas pointaient clairement et ca me gênait presque de sortir de la salle de bains.

Il écoutait les nouvelles de 10 heures au salon et pendant un instant je ne pus m'empêcher la réalité simple et pure du moment. J'appréciais regarder ce jeune étranger concentré sur des nouvelles diverses comme ... en fait je n'étais pas certaine de savoir ce qu'il regardait - mais de loin je supposais que les nouvelles étaient semblament les mêmes dans les grandes villes de la terre : accidents de voitures, méfaits, meurtres. Ici a Tokyo cela devait être épicé à la sauce Yakuza, au pots de vin en politique ou au vol d'antiquités dans les temples shintô.

Je m'approchais quasi timidement et pris place à coté de lui. La voix de l'anonciatrice était claire et douce et elle avait ce ton particulier que tout animateur a le devoir d'avoir: une voix et un ton qui invitent à l'écoute.



(a être continué demain ^-^hehe)
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# Posté le dimanche 23 mars 2008 22:39

Confessions dans l'eau immobile - Ofuro

Confessions dans l'eau immobile - Ofuro
L'eau était terriblement chaude mais mon corps l'acceptait tout naturellement, sans résistance, comme la chose la plus singulièrement normale ce soir là.

J'étais dans le ofuro de la seconde partie de la salle de bains. L'eau m'entourait de partout et m'apaisait - j'étais assise et pourtant j'avais l'impression de flotter.

Ce n'était plus un bain relaxant, ce n'était plus une immersion de purification. C'était à peine ma conscience qui nageait, qui flottait, qui dérivait sur les flots calmes du grand univers liquide. Oui l'univers est un immense océan et les étoiles dessinent et forment des vagues douces qui berçent les âmes des voyageurs perdus, ou en transit entre deux pensées. J'étais une conscience entre deux pensées.

C'est noir et les étoiles scintillantes colorent et réchauffent mon corps de leurs lumières multiculores. Le fluide de l'univers n'a pas de température unique, mais plutot une radition multiple qui semble se connecter à chaque porre de ma peau. Les différents tons de lumières, les différentes variantes de leur luminosité est comme l'onde de chaleur qui vient doucement me caresser et s'en va ailleurs, caresser ma conscience, parcelle par parcelle.

C'est blanc et l'eau est une existance paisible qui se contente de transmettre son essence de vie même : sa chaleur sacrée. Alchimie parfaite entre sa nature liquide et la nature evanescente et pourtant coriace son ennemie, le feu. C'est immobile et je flotte sur place, en fait je suis assise mais les vagues dans le bain donnent des fausses impressions de dériver.

J'avais fermée les yeux pour mieux me laisser imprégner par le mystique de l'expérience.

"Emi-chan ?"

Je ne voulais pas ouvrir les yeux et sa voix était plus douce et plus harmonieuse qu'à l'habitude. Le silence parfait qui régnait dans la pièce aux murs de céramique rendait le son de sa voix plus musicale et presque comme une prière.

Il se tenait là, sur mon côté droit. Je ne me tournai pas tout de suite pour le regarder, mais plutôt, tatai le terrain avec un oeil à peine ouvert - ma vision périphérique me rassura avant que je ne tourne ma tête pour le regarder. Je finis quand même par ouvrir les yeux.

Il se baissa au niveau du bain, les bras sur le rebord en céramique blanche. Je sentais le sang me monter aux joues. J'étais nue dans ce bain, moi. Lui avait eue la décence de garder une serviette autour de sa taille, m'offrant pourtant par la même occasion le délice délicat de son corps dénudé. Je remarquai ses lignes fluides comme l'eau du bain, harmonieux, doux, naturels et son adorable petit nombril, comme la poignée d'une porte fermée qui donnait sur un secret qu'il était imprudent et indécent de découvrir si tôt. La blancheur de sa peau me fit sourire sans raison particulière.

Ses doigts se glissèrent dans l'eau, distraitement, faisant de miniscules petites éclaboussures, se contant surtout de glisser au travers des vagues du feu liquide. Mon attention se porta un instant sur ses longs doigts minces : comme ils étaient beaux et délicats.

Les gouttes d'eau sautillèrent dans la direction dans laquelle ses doigts les guidaient ; vers moi.

" Emi-chan ..."

Je ne voulais pas le voir – je voulais qu'il soit une voix uniquement, une présence invisible et pourtant bien matérielle qu'il prouvait par ses contacts imprévus et rassurants. Ses doigts touchaient parfois mes jambes, mes genoux, mes bras, le dos de mes mains, une fois je sentis le frôlement du bout de ses doigts sur le côté droit de mon visage – la rondeur de la joue, le petit tracé en vallons de mes lèvres, puis le fantôme de ses doigts se retranchèrent et se contèrent de touchers espacés, mais pourtant réguliers, de mes jambes et aux tes lieux communs et dépourvus de limites sensuelles interdites.

" Je suis quoi pour toi ? "

- Un rêve impossible incarné.

- Et ton meilleur ami ?

- Un rêve qui est réel au réveil de chaque matin. Mais je suis heureuse d'avoir eue la chance incroyable d'avoir croisée vos deux chemins. L'étoile filante et la planète.

- Toi tu es quoi, alors ?

- Une pure paysanne authentique dépourvue d'ambition, de corruption, de superficialité mondaine. Je ne sais pas vraiment ... un genre d'astéroïde à la dérive dans l'espace. Un jour une planète ou une étoile filante m'assimilera à lui et je cesserais de flotter à la dérive."

Un silence s'instaura et la chaleur de l'eau m'infusa comme si j'étais une plante exotique – du thé vert peut-être – me faisant perdre mes allusions cosmiques pour les remplacer par des images plus naturelles et terrestres. J'étais devenue une feuille, une herbe, une brindille solitaire et pourtant entourée par la multitude dans une jungle tropicale où l'air empli de fines gouttelettes d'eau brûlantes se posait sur ma peau et m'enveloppait paresseusement. J'étais une petite existence minuscule qui se contentait de n'être que ça ; une conscience sans but, sans limites, sans temps. Simplicité naturelle. Vide bienveillant.

Une vague de chaleur liquide – l'eau du bain – vint se briser sur mon corps à la hauteur de mes épaules, juste un peu en dessous. J'ouvris les yeux. Kamenashi me regardait, fasciné, attendri, curieux. Il fronça les sourcils, sembla cogiter une pensée et murmura.

" Où étais tu ?

- Pardon ?

- Tu semblais méditer. À quoi pensais tu ?

- J'étais une brindille d'herbe dans la jungle humide et tropicale avant que la vague que tu as envoyée ne vienne s'écraser sur la plage de mes épaules."

Il sourit et eut un petit gloussement joyeux. Je me rendis compte que mes paroles étaient plutôt poétiques et imagées.

" Tu aurais due naître Japonaise. Tu n'as pas une âme occidentale. Pas comme les autres, d'après ce que je connais de la culture occidentale."

Je le regardait dans les yeux et trouvais son regard fascinant et profond. Réalisant que je pouvais le mettre mal à l'aise, je descendis mon regard vers ses épaules rondes et fines, puis ses bras repliés sur ses genoux. Son pied gauche bougea pour se glisser légèrement entre mes deux pieds. J'ouvris les jambes et il put étendre un peu plus les siens. Nos jambes ainsi entre croisés sans se toucher étaient une image parfaite réflective de notre situation. Intimes et étrangers, sans dépasser les frontières non dites de la vie.

" Pourquoi tu es venue au Japon ? Quand tu m'as répondue la première fois, tu as dit « voyage imprévue » ... pourquoi ? "

Je baissai la tête, soudain submergée par la honte de la vraie raison de mon départ. Je laissai échapper un petit soupir et me décidai à lui avouer la vérité crue, quitte à le choquer, à le blesser, et quitte même à me tâcher de la boue de « l'irrespectabilité » auprès de lui.

" Je voulais fuir une vie qui ne me convenait pas. Je voulais fuir quelque chose que j'arrive seulement à définir comme « pas envie de grandir » mais c'est impossible ça, n'est-ce pas ? Tout le monde doit grandir et apprendre à confronter la réalité et surtout, à gagner la bataille. Je voulais ... je pensais qu'ici j'aurais la force de me suicider; la mort est la solution ultime à tous les soucis. On remet le compteur à zéro et on recommence. Et les Japonais n'en font pas une maladie sociale du suicide, au moins. C'est même une mort honorable dans l'ancien monde des samourais – un honneur qui coule toujours dans vos veines. "

Je laissais l'eau me réconforter encore, me dire tout allait bien désormais. Je laissais le silence de la pièce me souffler mes prochains mots, mes confessions.

" À Montréal, j'avais une vie plutôt misérable et ennuyante. Je vivais dans un monde de rêve la bonne majorité de mon temps. D'un fantasme à un autre, d'une illusion à la suivante, le réel était à peine une base – une matière brute qui me donnait le matériau pour construire ma tour d'Ivoire. Ma s½ur me l'a déjà reprochée une fois – gentiment – que ça me fera du tort. Et une amie m'a aussi dit que quand je tomberais de mon nuage, la chute sera épouvantable et douloureux. Alors j'ai tout fait pour construire ma tour plus haute et plus infranchissable, mon nuage plus invisible et plus haut dans les cieux. Je n'avais pas de liberté, je n'avais pas d'activités hors du Net ... ma vie était virtuelle. Ici j'ai vécue. Ici j'ai eue – et j'ai toujours – l'impression que la vie c'est ça. Respirer l'air et apprécier ce simple geste pourtant automatique et inconscient. Ici le rêve et la réalité ne font plus qu'un et non deux réalités distinctes en opposition féroce."

Un nouveau silence. Il ne dit rien, je supposai qu'il analysait mes raisons, mon passé et pensait soit de quoi répondre, soit quoi ne pas répondre.

" Tu es complètement fascinante, toi !"

J'éclatais de rire.

" Complètement folle aussi."

Il me regarda dans les yeux et me sourit, tout simplement, tout gentiment et soudain je réalisai qu'il était extrêmement charmant quand il souriait comme ça. En même temps le souvenir lointain du sourire de J-3 me brûla le c½ur. Mon unique pont vers la réalité, ma pierre concrète et solide – stable – dans le courrant tumultueux de cette même réalité effrayante et carnivore, ma forteresse et mon vaisseau de guerre et de conquête de l'impossible.

# Posté le dimanche 27 mai 2007 23:56

Modifié le jeudi 07 juin 2007 20:54

Gaiji

Gaiji
Mariko-chan était totalement adorable et autant que Jun-chan ne me quittait des yeux, autant j'avais du mal à regarder ailleurs, étant toujours attirée par son visage délicat et aux angles parfaits. Et pourtant les yeux de Jun-chan étaient des puits dans lesquels je voulais presque me noyer.

Mariko-chan s'installa dans une grâce nonchalente dans le pouf rouge en face du fauteuil tandis que Jun-chan s'assayait à même le sol couvert de tatamis, bien en face de nous pour fermer le cercle.

Kamenashi - que je me pratiquais mentalement à appeler Kame-chan - se faufila vers la cuisine nous laissant un long moment silencieux dans le vide. Je leur sourit poliement, me mordillai la lèvre inférieure et reportai mon regard sur l'émission qui passait à la télé. Mon sauveur était si adorable au naturel dans son élément.

Alors c'était vrai, il était ... un petit soupir s'échappa de ma gorge et je plaquai mes mains sur ma bouche. Trop tard cependant, les deux l'autre l'avaient entendu.

Un flou s'empara du visage doré par la lumière ambiante du platea du télévision et nous vimes Kame-chan à moitié nu (pour mon plus grand bonheur), une serviette autour du cou, pendant sur son trose ruisselant d'une sueur légère. Il tenait un microphone et bientôt d'autres garçons envahirent ce qui semblait être une scène de salle de spéctacle immense. Il sourit - visiblement touché par les cris des fans dans la salle - dit quelque chose et un autre garçons vint lui répondre. Il était de la même grandeur, la machoire plus ronde et il portait un banda noir. Il était beaucoup plus habillé aussi.

Je ne pouvais m'empêcher de sourire, complètement émerveillée, quand Kame-chan revint avec un plateau dans les mains. Une authentique théière en céramique et quatre petites tasses rondes qui formaient une famille de hiboux dans lesquelles il versa le thé.

Il me tendit la première tasse et j'hésitai soudain. J'étais une véritable "sugar junkie" et voilà que pour ne pas blesser mon hôte, et surtout pour ne me montrer fine bouche, ingrate, j'hésitais et j'étais incertaine à boire ce thé naturel. Pendant qu'il remplissait les coupes de ses autres invités improvisés, je serrais ma tasse entre mes paumes et sa chaleur radiante me fit penser à la chaleur de la main de Kame-chan. Un petit sourire flotta sur mes lèvres : j'étais à nouveau irrédiablement perdue dans ma bulle souvenir.

Mariko-chan regarda timidement dans ma direction et interrogea Kame-chan du regard. Jun-chan prit une première gorgée du thé et me décortiquait du regard. Je pris une gorgée du bout des lèvres - me concentrant pour ne pas faire de grimace.

Le thé, à vrai dire, avait une saveur harmonieuse qui mélangeait subtilement le parfum sucré de la mangue (ô miracle des hasards) aux goûts plus prononcés et présents des herbes naturelles qui constituaient la base et le corps du thé. Je pris une seconde gorgée, plus sûre de mon coup et plus confiante. Le goût discret de la mangue se confirma et je sentis soudain le regarde de mon hôte sur moi.

(Caché dans le goût prononcé des herbes du thé brulânt, la douceur timide de la mangue reflète nos sentiments endormis)

Jun-chan posa la première question en me désignant du regard et du menton.

"Kanojo dare iru ?" (qui est elle)

Je serrai mon petit hibou orphelin dans mes mains.

Qui étais-je sinon une "ronin gaiji" - une samourai sans shogun et sans patrie, sans arme et sans métier. Je me perdis dans la contemplation de ma tasse de thé et soudain je sentis mon coeur se troubler. Je sentis des larmes brûlantes me piquer les yeux mais je battis des paupières pour ne pas les laisser franchier les portails de mes yeux. Je pris une autre gorgée et laissai la chaleur bienfaisante couler en moi.

Kame-chan sourit - eut un bref éclat de rire et partit dans un discours, en y mettant force détails d'après les expressions variées dans ses mots, résumant longuement ma situation et notre rencontre.

Des questions fusèrent des deux bords et bientôt il se trouva dans l'impossibilité de leur répondre sans me demander la bonne réponse.

Mariko-chan lui demanda et il me traduisit :

" Pourquoi Tokyo ? "
- Je voulais ... je voulais juste m'enfuir d'une réalité opressante. Tokyo est comme un espoir tout neuf - pur parceque je n'en connais ni les failles ni les forces. "

Un silence médidatif leur tomba dessus et je réalisai le sens de mes propos. Je m'empressai de rajouter, plus joyeuse.

" Plus c'est différent, mieux c'est !"

Jun-chan prit la parole à son tour et Kame-chan reprit son rôle de traducteur.

" Qu'aurais-tu fait si tu n'aurais pas rencontré Kame-chan ?

- Dans l'avion, j'ai pensée à quelques incontournables. Voir la tour de Tokyo, le lever du soleil, le coucher, la ville qui rend vie la nuit et s'apaise le jour, je voulais aussi aller dans un temple pour prier et remercier les dieux. Je voulais aussi marcher et découvrir et peut-être retourner à Montréal, mais peut-être pas. "Hogy mi lesz a vége nem tudom, Meghalok egy züllött hajnalon" (1)

Ils me regardèrent tous de travers, Kame de manière adorable la tasse à mi chemin dans l'air entre sa paume gauche et sa bouche.

" C'est les paroles d'une chanson hongroise. "Pour ce qui en sera de la fin je ne le sais pas, je mourrais (lors) d'une aube de fête"

Kame-chan traduisit et médita sur les paroles, puis déposant sa tasse sur le plateau, il se rua vers mon sac et en sortit notre petit calepin et l'appareil photo. Il ouvrit sur le croquis que j'avais fait de lui et le montra à Mariko-chan et s'extasiait sur mon habileté. Je buvais mon thé et je songeais que ce n'était pas un énorme talent - j'étais incapable de reproduire la réalité et la créativité que je dessinais était limité aux visages et aux corps sans mains ou pieds.

Jun chan murmura quelque chose que Kamenashi me traduisit - une pointe de quelque chose dans la voix.

" Il a dit que tu as dessiné le ... feu de la vie dans mon regard.

- Arigatou!"

Puis ce fut au tour des photos de soulever les cris joyeux et enthousiaste de l'appréciation. Ce qui en contre partie, titilla la jalousie non cachée de Jun-chan qui commenta quelque chose que Kame se refusa à me traduire.

Mariko-chan murmura quelque chose que Kame-chan me traduisit avec un ton philosphe emplit de mystère et de tendresse.

"Tu ne seras jamais heureuse dans un monde convetionel"

Comme c'était vrai.





(1) paroles de 3+2 Eggyüttes "Kichiny falum" (mon petit village) http://www.zeneszoveg.hu/dalszoveg.phtml?szk=9960

image © http://fashiontribes.typepad.com/main/parties_and_entertaining/index.html
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# Posté le mardi 22 mai 2007 21:50

Modifié le dimanche 27 mai 2007 12:24

Lui et l'autre - Jun

Lui et l'autre - Jun
Le trajet en train fut une bulle de douceur câline. Nous nous étions trouvés deux sièges libres et il garda le lien de rapprochement pour mon plus grand bonheur. Trois courtes stations mais un beau moment sans temps réellement calculé à apprécier et à chérir ce nouveau bien-être.

"Il y avait beaucoup de gens à l'aéroport. Pourquoi m'as-tu choisi en particulier ?"

Une question que j'aurais posée si notre histoire aurait été à l'envers.

"Je voulais parler à au moins un Bishonen durant mon séjour au Japon."

Il éclata de rire, me regarda, baissa la tête et rit de bon c½ur. Je souris.

"Tu es un très beau garçon. Donc souhait numéro un réalisé."

J'aurais pue dire « jeune homme » mais le mot garçon lui convenait plus, dans mon esprit, mais bien sûr ma vision de la situation était limitée.

Je rivai mon regard sur le plancher et admirai ses bottines décorées de clous argentés et de motifs semi tribales semi orientales.

"Arigatou. Et quel est ton second souhait ? me demanda-t-il en tournant son visage vers le moi

- Voir si la vie peut être comme un shoujo manga. »

Souhait absurde et stupide j'en convenais en mon fort intérieur mais il était pur dans mon c½ur. Sa voix prit un accent de maturité sage quand il me répondit.

"La vie n'est pas un manga."

Je regardai droit devant moi, par la fenêtre du wagon et le paysage filait sans ralentir. Il avait probablement raison, mais je n'avais peut-être pas complètement tort non plus et garder cette parcelle de rêve était cruciale pour moi.

"Tu as un troisième souhait ? En général les souhaits viennent en triple selon la convention des contes de fées." rajouta-t-il dans un murmure comme une réflexion plutôt qu'une question.

Je fis une petite moue.

"Non ... pas vraiment. Je te donne mon troisième souhait."

Nous éclatâmes de rire devant l'absurdité de ma réponse.

Kame vivait dans un appartement que je devinai comme luxueux juste à voir la façade de l'immeuble, mais il me rassura tout de suite : c'était un appartement tout ce qu'il y avait de régulier et de dans la norme pour les jeunes professionnels bien nantis.

Les autres locataires étaient des employés de bureaux dans d'importantes sociétés dispersés dans la ville, mais tout de même proches du centre. Un pilote d'avion, un docteur, un financier, un présentateur télé, une jeune femme du même étage était hôtesse dans un night club branché de Ginza, un autre était dentiste pour enfants et un dernier était un auteur connu et respecté de mangas. Petit potin pour me mettre dans l'ambiance – le dentiste et l'auteur/dessinateur étaient ouvertement et farouchement rivaux pour la conquête de cette jeune femme en question et ils ne cachaient pas la guerre ouverte de leurs efforts pour la conquérir.

Il vivait lui-même dans le dernier appartement, au fond du couloir du huitième étage et il m'annonça tout ravi, qu'il n'y avait que deux étages au dessus de lui. En passant devant les portes respectives de la jeune femme, du dentiste et de l'artiste, il partagea l'anecdote de la semaine précédente. C'était le jeudi – très précisément – que le dentiste eut une conversation de vingt minutes avec la demoiselle, qui semblait plutôt ravie de la demande de sortie du dentiste, au grand dam de l'auteur qui s'empressa de se mettre au même niveau en offrant à la belle une illustration la représentant en Princesse Kaguya dans un paysage enchanteur de cerisiers en fleurs.

"Ils sont à nouveau à égalité." conclu-t-il avec un rire enfantin, comme celui qui sait apprécier à sa juste valeur un bon match sportif opposant des adversaires de choix.

Devant son air taquin, je pouffai de rire. Certains aspects de la vie, étaient, qu'on le veuille ou non, des petits bouts de shoujo mangas.

Il tourna la clé dans la serrure et nous pénétrâmes dans une petite salle carrée où déjà deux paires de chaussures étaient sagement alignées vers le coin gauche. Une paire de chaussure d'homme et une paire de chaussures plus féminines.

Kame se figea un court moment, enleva ses bottes et fit glisser le fusuma (porte coulissante)qui nous fit découvrir un salon spacieux où se faisaient face un poste téléviseur de taille conventionnelle et un long fauteuil noir.

Je les vis de dos avant que le bruit, le pas et la voix de Kame ne les fasse se retourner vers nous.

« Ohayo Gozaimass' ! »

Une main pointa une télécommande vers la télé qui passait ou repassait une entrevue pour baisser le son. Je vis une jolie jeune femme en tailleur blanc avec un microphone à la main, à la voix volubile. Un texte japonais violet au contour jaune brillait au bas de l'écran. Après un court monologue, une musique joyeuse annonça le changement qui fut confirmée par des étoiles dorées et brillantes qui introduirent le visage souriant de Kamenashi.

Je ne pus m'empêcher de sourire et d'avoir un arrêt cardiaque sous le coup de la surprise.

Tandis que le Kame de la télévision attrapait la contagieuse bonne humeur de l'animatrice, le garçon qui occupait le fauteuil tourna la tête vers nous et plongea son regard dans le mien aussitôt. Ou plutôt, il captura mon regard et ne lâcha pas prise avant un long moment. La jeune fille, nettement plus jeune que Kame, sauta du fauteuil, se pencha pour le saluer et me salua de la même manière. Je me penchai pour ne pas être impolie et soudain je me sentis comme le premier soir ; étrangère et pas à ma place. Adieu petit bonheur d'une vitalité si douce, ta durée aura été courte mais fort appréciée. Et après tout, n'en était-il pas toujours ainsi dans ma vie ?

Le Kame à côté de moi déposa mon sac sur le sol, et les questionna, avec un ton de voix qui avait un accent de surprise déçue ou pas exactement heureuse non dissimulée par la politesse que je lui connaissais.

Ils s'échangèrent des triades japonaises qui m'échappèrent complètement, mais dont la saveur avait le piquant classique de l'intrusion. (Que faites-vous ici ? – On voulait te parler mais tu n'étais pas ici, nous sommes entrés t'attendre. – Petit son, soupir de désappointement. – Petite moue de l'autre garçon. – Petit rire gêné de la jeune fille.)

L'autre me fixait toujours de son regard et je me rendis compte que j'avais reculée d'un pas, derrière l'épaule de celui que je connaissais, comme derrière un bouclier. Son regard était intense sans être impoli, intense sans être jugeur, intense et empli de convoitise, empli de curiosité et de fascination. Ses lèvres plus rondes s'ouvrirent d'un infiniment petit mouvement qui voulait un sourire silencieux.

Kamenashi m'amena au salon. L'autre garçon se leva et s'avança vers moi, et resta là un moment, silencieux, à me dévisager. Je sentis mon coeur battre plus fort. Si la peur à une odeur – j'espérais que l'odeur de la mienne était assez subtile pour ne pas être remarquée.

S'il aurait eu à me serrer la main, la mienne aurait fondue dans la sienne. Il se pencha légèrement, gardant son regard comme une sonde sur le mien. J'avais l'impression d'être la proie dans ses griffes acérées pourtant aussi douces que la soie la plus rare. Je me penchai aussi, pour éviter momentanément son regard.

Je crois qu'il m'offrit une formule de politesse, lorsqu'il se releva, dans les mêmes branches que « ravie de faire ta connaissance » ... enfin, je présumai. Kamenashi fit les présentations officielles. J'entendis mon nom, et il fit un petit signe en ma direction, puis me regardant moi, il prononça son nom à lui, avec le geste d'accompagnement.

"Matsumoto Jun-chan."

Je réprimai un sourire en entendant son nom de famille. C'était un nom de famille sûrement populaire et régulier, mais pour une « gaiji » comme moi, c'était le Boss Mastumoto de Kill Bill (1). Je rougis.

Il me sourit.

Kame me présenta la jeune fille aussi, qui se pencha et me sourit de manière plus naturelle – avec une politesse et une courtoisie plus naturelle.

"Akanishi Mariko-chan"

Je me penchai devant elle et la saluai aussi. Je voulais dire que j'étais heureuse de faire leurs connaissances, mais le dictionnaire était dans mon sac et je préférais attendre que Kame clarifie la situation.







(1) Kill Bill - film produit par Quentin Tarentino

image © http://www.ryokan-kurashiki.jp/e_room_higashinoma.htm
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# Posté le dimanche 20 mai 2007 21:37

Le bal des masques tombés - II - Le visage qui voit

Le bal des masques tombés - II - Le visage qui voit
Pourquoi avais-je réellement quittée ? Je voulais fuir, plus que toute autre raison.

Je regardai par la fenêtre et absorbai les rayons du soleil, littéralement comme le ferait une plante.

Je repensais à ma vie à Montréal ... réellement seul mes amis proches me manquaient, et aussi la bibliothèque centrale du centre-ville. Je revis leurs visages et entendis leurs voix dans ma tête. Leurs sourires, les plaisanteries, les mots typiques, des souvenirs comme des feux d'artifices éclataient et tombaient en des étincelles illuminées et scintillantes.

Quant à mes parents, aucun regret ne me vint submerger mon coeur, que dis-je, aucun regret ne vint même frôler mon esprit. Je ne m'étais jamais vraiment sentie appartenir à ces gens qui se prétendaient par droit de légitimité du sang, mes parents. Il y avait une barrière, ou plutôt un fossé, bien plus impressionnant que les dits liens du sang. De la même manière qu'une fracture brise la force pourtant résistante de l'os, de la même façon les paroles qu'ils avaient à maintes fois hurlés ou jetés à ma figure étaient trop fortes. Ils ont heurté mon âme de manière impardonnable. C'était les deux êtres les plus égoïstes et les plus hypocrites qu'il m'a été de connaître dans cette vie.

La plume de Rê était trop lourde dans la balance et celle ci tombe violement de son support ; ils ne méritent pas la clémence des dieux.

Ils avaient échoués de pleine consciente volonté, je n'avais donc pour eux plus aucun sentiment de pitié et de pardon. Depuis longtemps ils avaient même perdus le titre de "parents" pour celui plus vil et nettement moins prestigieux de "géniteurs".

De toute façon pour eux j'étais coupable et endettée depuis ma naissance ; les neuf mois dans le ventre de ma mère, le lait en poudre et l'eau qu'il fallait aller acheter en ville (parceque je refusais le sein et parce que l'eau du puits était contaminé par quelque chose de toxique et donc nous leur causions maints efforts et peines, ma soeur et moi) et bien sûr ces actions ne sont pas un devoir de leur par envers nous, mais bien une dette avec intérêt élevé (la vie at-elle un prix ?), puis il y avait les jolis vêtements, les jouets, la nourriture, les fournitures scolaires... après tout ils auraient bien pu nous abandonner ou ne rien nous donner. Ils m'ont tant et si bien répété leurs frustrations du passé que j'en étais venue à regretter sérieusement d'être venue au monde. Mon absence leur aurait coûté moins de soucis et d'efforts parentaux. Par contre, c'est amusant, quand nous écoutions des documentaires sur la vie des animaux à la télévision, ils ne cessaient de mettre l'accent sur les actions des parents envers leurs progénitures ; rien n'était impossible, tout était faisable et devait être fait pour le bonheur des enfants et leur bien être (et ce bien-être devait être vue ainsi : l'enfant est un pantin qui dit oui oui à tous les voeux et désirs de ses parents et ne pense pas tout seul, évite le monde extérieur comme la peste et ne fais confiance à personne sauf aux respectables et divins et aimants parents qui savent ce qui est bon pour leur enfant). N'importe quoi tant que l'argument leur donnât l'avantage numérique.

Je devais avoir fait une drôle d'expression parceque Kamenashi me regarda soudain avec une tendresse non simulée dans les yeux. Je lui souris. Il leva les sourcils voulant demander "tout es ok ?" J'essayais de lui sourire de manière plus sincère et convaincante. Après une bouchée de riz je repris, un peu pour moi-même, beaucoup pour lui.

"J'ai déjà fuguée une fois. Je me suis déjà enfuie de chez moi"

Le bol de soupe miso cachait à demi son visage tandis qu'il l'avait approché pour mieux manger sans faire de dégâts, mais ses yeux me dirent tout. Il resta figé un moment et je continuai.

"Ça aurait marché mais j'ai prise des mauvaises décisions. Je travaillais de nuit dans une fabrique de jouets, à la chaîne, comme on dit chez nous. Le travail me tuait littéralement et comme j'avais choisie l'horaire de nuit, j'ai simplement aggravé ma situation. Et puis on m'a offert un poste dans le domaine dans lequel j'étais diplômée - mais c'était tellement différent et je n'ai durée que trois semaines. Après ça, c'était la descente aux enfers."

Je lui résumai la suite, la partie la plus profonde du gouffre, le secours de ma soeur et mon choix très limité d'accepter l'aide de mes "parents". Une aide qui leur donna une fois de plus un avantage numérique qui monta en flèche. Bien sûr, ils utilisèrent mon infortune pour tout coller sur le dos de ma soeur et de la traîner dans la boue la plus visqueuse et la plus sale. Moi j'étais faible et tout le monde profitait de moi. Ils n'acceptèrent jamais ma version des faits - ils n'entendirent pas quand je leur dit que j'avais quittée de mon plein gré leur ténèbres étouffants. Ils n'avaient pas compris la lettre que j'avais laissée derrière moi - l'ont-ils même lue ? Ils étaient incapables de comprendre et de voir autre chose que leurs propres limites. Tout tournait autour d'eux ; leurs sacrifices (et non mes réussites), leurs douleurs (et non les miennes), leurs efforts et leurs luttes (et non mes talents naturels), leurs déceptions (et non mes forces)...

La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre dit le diction, mais la pomme peut être ramassée, elle peut rouler, elle peut être emportée au loin.

"Je sais que fuir n'est pas la solution à préconiser, mais elle apporte des leçons d'une valeur considérable.

- Oui." et il approuva d'un signe de tête et fit claquer ses baguettes

Nous avions fini nos petits déjeuners et en me levant je croisai a nouveau le regard du jeune blondinet. Je me demandais de quelle couleur étaient les cheveux de J-1 ces temps-ci. Cette pensée tendre me fit sourire.

Kame glissa un bras légèrement possessif autour de mes épaules à notre sortie du petit restaurant et j'appréciai grandement son corps si proche du mien. Au dehors je ne pus m'empêcher d'arrêter brusquement un court moment, une sorte d'expression de béatitude sur mon visage qui ne passa pas inaperçu par Kamenashi.

" Koré wa nani ni mochiimass' ka ? (À quoi pensez-vous/penses-tu ?)

- Je te le dirai un jour. Pas tout de suite."

Il me regarda intrigué, je lui fis un petit signe de victoire/paix avec les doigts de ma main droite et un petit sourire confiant puis repris le pas.

J'avais réalisée, sur le coup, que c'était le premier garçon avec qui je me sentais parfaitement et totalement en sécurité quand il avait glissé à nouveau son bras autour de mes épaules. Une certitude ardente et brillante, apaisante et sécurisante. Je ne ressentais aucune gêne, aucun malaise, aucune peur. Cela m'avait surpris sur le coup. Beaucoup même.

Je me blottis contre lui, reconnaissante et dans le besoin de ressentir cette étrange sensation de bien être. Il resserra son étreinte et je vis un sourire éclairer son visage quand je me tournai vers lui pour le regarder.

Ce bonheur était des plus fascinants.
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# Posté le vendredi 18 mai 2007 21:47

Modifié le samedi 19 mai 2007 22:45